
Pierre nous a quittés cette nuit. Il n'entendra plus les oiseaux qu'il aimait tant. Lui aussi était une variété de sapin moins solide qu'il n'en avait l'air.
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mercredi, juin 12 2013
Par Agnès Orosco le mercredi, juin 12 2013, 13:42

Pierre nous a quittés cette nuit. Il n'entendra plus les oiseaux qu'il aimait tant. Lui aussi était une variété de sapin moins solide qu'il n'en avait l'air.
dimanche, juin 9 2013
Par Agnès Orosco le dimanche, juin 9 2013, 04:11 - Noirs, thrillers, polars
Voilà ce qui arrive quand on met
le nez dans un roman de Deon Meyer, et qu’on veut le terminer pour ne pas avoir
à y revenir le lendemain. Le roman qui précède celui qu’on a lu avant, bref, 13 heures, qui précède Sept Jours, que je viens de chroniquer. Eh bien, 13 heures, c’est absolument palpitant.
Il faut dire que Deon Meyer est particulièrement doué pour les histoires
d’affût, de chasse, de traque, avec pour proies des êtres humains. Cette fois,
c’est une jeune Américaine éperdue mais lucide et pleine de vitalité qui fuit,
méthodiquement, pendant des heures et des heures, autour du Cap, puis dans les
faubourgs de la ville, traquée par de jeunes tueurs déterminés, un flic, un
type armé de jumelles… elle s’appelle Rachel Anderson et son amie Erin Russell
a été égorgée pendant la nuit. Et puis il y a l’autre meurtre, celui d’Adam
Barnard, le mari d’Alexa alias Xandra, que j’avais rencontrée dans Sept Jours. Mais Benny Griessel, lui,
l’a rencontrée dans ce roman-ci. Comme les deux filles sont étrangères, tous les flics du
Cap sont sur l’affaire, Benny en tête.
Je n’en dirai pas plus, parce qu’il est
vraiment très tard – ou très tôt. Mais pour qui a des envies de polar,
celui-ci est particulièrement recommandable. Il me reste un mystère, cependant.
Deon Meyer - c’est écrit dans la petite bio en exergue du roman - est un écrivain
de langue afrikaans. Et le roman est traduit de l’anglais. Ça doit se faire sur
place en Afrique du Sud, avec l’aval de l’auteur, le passage à une langue plus
internationale, avant la diffusion. C’est bizarre, mais sans doute plus
pratique. Quant au « lendemain », las, c’est aujourd’hui même, et il
est grand temps que je dorme, si je veux être un peu efficace, tout à l’heure…
N.B. : "Treize heures", c'est la durée de la quête et des enquêtes : la quête de la jeune fille disparue, les enquêtes sur les deux meurtres, où l'on rencontre Mbali (et où on la comprend mieux qu'en débarquant direct dans Sept Jours), plus quelques autres flics "récurrents", sans parler des soucis personnels, familiaux et sentimentaux de Benny, et en outre quelques précisions sur l'accent afrikaans et son chuintement caractéristique.
vendredi, juin 7 2013
Par Agnès Orosco le vendredi, juin 7 2013, 08:47 - Noirs, thrillers, polars
Il y a des moments où l’on éprouve le désir de plonger sans réserve dans un bon thriller, histoire de s’abstraire absolument de toutes les pressions qui s’accumulent. Et où il est bien difficile de passer jour après jour devant le dernier pavé de Deon Meyer, Sept jours, abandonné sur la table du salon. Il suffit alors d’un soir où l’on rentre un peu plus épuisée que d’habitude – oh cette classe de 1ère L où il est si difficile de susciter des échos ! -, d’un peu de soleil vespéral au dehors, du confort du canapé rouge et du vieux châle bariolé, et l’on cède. Enfin « on » - je. Bilan, une soirée en Afrique du Sud, et l’abolition du monde extérieur, jusqu’à l’endormissement final, après dévoration expresse des derniers chapitres pour arriver enfin à la solution de l’intrigue… tellement expresse que le réveil s’est fait sous forme de point d’interrogation : voyons, comment se relie, déjà, l’arrestation du sniper avec la découverte de l’assassin ?
Où l’on comprendra que Sept jours est un très efficace polar, même si j’ai retrouvé le sentiment, ici évoqué à propos du Pic du Diable, que le dénouement (le fameux lien) est un peu forcé, ou expédié. Quoi qu’il en soit, on y retrouve aussi, comme enquêteur principal, Benny Griessel, l’inspecteur alcoolique en cours de rédemption, parvenu au début du roman à 227 jours de sevrage total. Il a aussi été promu à la DPCI (Direction des enquêtes criminelles prioritaires), dont les membres sont appelés les Hawks (les faucons). J’ai eu un peu de mal, d’ailleurs, avec les sigles et autres acrostiches, car il y a aussi les CATS, le SAPS, et que sais-je encore…. De même du coup qu’il est difficile de se repérer dans la multitude des personnages d’officiers de tel ou tel service, mais on s’y fait. Je suppose enfin que les choses eussent été pour moi plus claires si j’avais lu Treize Heures, le roman précédent, où Benny a rencontré la femme dont il est amoureux, la chanteuse Alexa, alias Xandra Barnard.mardi, juin 4 2013
Par Agnès Orosco le mardi, juin 4 2013, 19:35 - Littérature italienne
Il y a une phrase que je ne comprends pas dans Les Poissons ne ferment pas les yeux, le dernier récit d’Erri De Luca - qui est le premier que j’aie lu. Il doit y avoir à peu près tout de lui, à la maison, mais je ne l’ai pas lu. J’ai toujours aimé l’écouter. Son français chantant, ses « r » roulés, sa voix douce. Il était hier chez Kathleen Evin, et le bouquin sur la table du salon.
Voici la phrase : « Après ces plages d’enfance, aucun tropique, l’Océanie m’a attiré. L’île a comblé mon désir de cet ailleurs. »
Je ne comprends ni la syntaxe, ni le sens. L’Océanie est entre les deux tropiques. J’ai l’impression de comprendre que cette île de l’enfance (Procida ? Ischia ?) l’a détourné d’aller explorer l’Océanie ou quelque île exotique que ce soit. Que cette île de l’enfance a été pour lui plus intense que tous les tropiques. Mais ce n’est pas ce que dit la phrase. Je ne saisis pas le lien grammatical – ni même l’absence – entre ses divers éléments.
C’est un tout petit livre. Une histoire
de rencontre entre deux enfants, lui, un garçon au corps trop petit pour son âme,
elle, sagace et impérieuse, qui sait tout des animaux.
C’est un tout petit livre, chez
Gallimard « Du Monde Entier »,
dont je n’aime, encore, ni la photo de jaquette, ni la quatrième de couverture,
bien trop longue, bien trop précise, pour un si mince ouvrage. Il faudra un jour
que j’écrive ma hargne contre les quatrièmes de couverture, qui galvaudent la
substance des livres, et, pour le lecteur passionné, les flétrissent.
J’en extrais ces quelques lignes, où il est question d’Océanie, justement. La phrase citée plus haut suit le passage de quelques paragraphes.
« Le soir, je lis un livre acheté par mon père, des histoires d’Anglais dans leurs colonies de l’Océan Indien. Il y a des crimes, mais on n’a pas à découvrir l’assassin. J’ai recopié une phrase : ‘‘ Le remords ne tourmente pas ceux qui s’en sont bien sortis .’’ Aujourd’hui, je sais qu’elle est vraie. Alors, elle fut la secousse qui ébranla mes notions religieuses. Le remords, la confession, étaient les conséquences inévitables du crime. Le livre disait au contraire que ceux qui s’en tirent bien ne gardent aucune séquelle de souffrance. Il existait une variante selon laquelle le crime n’impliquait aucun poids. Ce fut une secousse souterraine. En lisant, on rencontre des phrases sismiques. »
C’est vrai. Pour moi, l’une d’entre elles, j’en ai parlé il y a peu, était « Mange, ou sois mangé ». C’était dans Croc Blanc, je devais avoir six ans. C’est drôle, pourquoi ?
samedi, juin 1 2013
Par Agnès Orosco le samedi, juin 1 2013, 19:47 - Littératures anglophones
Après relecture, et avant de rédiger cette note, je suis allée relire aussi ce que j’en avais écrit, il y a plus de cinq ans, ici même. J’y parlais d’« urgence » à lire, et à propos du Pouvoir du chien, de « gratitude ». Eh bien, tel est exactement l’effet que m’a fait cette relecture. Le bonheur de ces textes qui résistent à la redécouverte, dont la surprise se renouvelle, dont l’écriture donne un tel sentiment de justesse. D’où la question, posée aux deux libraires : pourquoi seuls trois romans parmi les treize écrits par Savage sont-ils traduits en français ? si Savage, couronné de prix aux USA –
si Savage donc est « considéré comme un classique », pourquoi diable Belfond n’en fait-il pas traduire d’autres ? En voici la liste, pêchée sur wikipedia en anglais :
Pourquoi encore La Reine de l’Idaho est-il épuisé, et trouvable seulement d’occasion sur un site de vente sur la toile, de 3 à 88 euros !!!!
- Écris à Belfond, m’ont dit les libraires.
- J’écris ici, en attendant. Lisez Savage, et faites-le connaître.
lundi, mai 27 2013
Par Agnès Orosco le lundi, mai 27 2013, 20:24 - Littératures française et francophones
Je profite de l'unique journée ensoleillée du printemps pour saluer de Ronsard le bel aubépin, croisé de l'autre côté de la rivière...

Bel aubépin, fleurissant,
Verdissant
Le long de ce beau rivage,
Tu es vêtu jusqu'au bas
Des longs bras
D'une lambruche
sauvage.
Deux camps drillants[1]
de fourmis
Se sont mis
En garnison sous ta souche.
Dans les pertuis[2]
de ton tronc
Tout du long
Les avettes[3] ont leur couche.
Le chantre rossignolet
Nouvelet,
Courtisant sa bien-aimée,
Pour ses amours alléger
Vient loger
Tous les ans en ta ramée.
Sur ta cime il fait son nid
Tout uni
De mousse et de fine soie,
Où ses petits écloront,
Qui seront
De mes mains la douce proie.
Or vis gentil aubépin,
Vis sans fin,
Vis sans que jamais tonnerre,
Ou la cognée, ou les vents,
Ou les temps
Te puissent ruer par terre.
Ode IV, 22 in Nouvelle Continuation des Amours
1 Littré (1880) : Courir, aller vite et
légèrement.
Je m'en vais tout
de bon promptement t'étriller, / Si tu ne fuis bien vite et ne pense à driller
(Hist. du théâtre français, t. X, p. 117, dans Lacurne)
vb tombé en désuétude.
Étymologie :
L'origine en paraît être le verbe anglais to drill, qui
signifie percer, s'échapper.— Driller avait aussi le sens de briller : Comme le feu dans la
fournaise, /Enseveli dessous la braise, /Drille et flamboie étincelant(R. Belleau - Œuvres, t. I, p. 20, dans Lacurne)— On ne voit point au ciel tant
d'étoiles flambantes/ Driller au firmament... (Ronsard) (on a confondu
briller et driller).
[2] Orifices
[3] Abeilles
Par Agnès Orosco le lundi, mai 27 2013, 07:08 - Noirs, thrillers, polars
Je préfère Kalman à Hallur, bien qu’ils aient le même traducteur. C’est même tellement incomparable que je regrette d’avoir eu la curiosité d’explorer l’œuvre du second. Il me fallait un polar, histoire de lire en vitesse quand même un peu autre chose que les œuvres requises par le travail en classe. (L’Enfant, de Vallès au demeurant, un de ces romans-compagnons qui m’accompagnent depuis l’enfance, et passionnant à étudier). Aussi ai-je embarqué de ma visite hebdomadaire à la librairie Brouillages, de Jon Hallur Stefansson, le titre étant sans doute ce qu’il y a de plus pertinent dans l’ouvrage. Un polar islandais, traduit par Eric Boury, toutes les garanties de qualité y étaient.
Eh bien je n’ai pas aimé ce roman. Je m’y suis embrouillée dans l’avalanche des prénoms des très nombreux personnages – égarée en outre au début par la proximité littérale entre Björn, l’architecte séducteur, et Björg, sa fille. Le roman alterne, chapitre après chapitre, les points de vue de différents personnages, sans qu’un véritable « inspecteur » - il y en a deux, Valdimur et Haflidi, pas super clairvoyants, c’est là qu’on se rend compte que la figure de l’enquêteur est essentielle pour la cohérence du roman – ne se détache pour relier entre eux les fils. Il y a des invraisemblances manifestes (le pull-over oublié par Sunneva, par Marteinn, par Valdimur, qui constitue quand même un indice particulièrement voyant !). Et puis l’emboîtement des pièces du puzzle a quelque chose de trop systématique. Je n’avais certes pas vu venir du tout le dénouement de l’intrigue – et à ce titre le premier chapitre joue un rôle particulièrement délusoire – mais je ne suis pas sûre non plus d’y avoir entièrement cru. Certains personnages, comme Hildigunnur, la très belle mère de Sunneva et épouse de Gunnar, ou Björg, acquièrent une épaisseur qui ne leur permet pas pourtant d’exister jusqu’à la fin du roman, où ils s’évaporent. Il y a l’improbable « garçon de porcelaine », artiste en meurtres… et toutes sortes de non-dits et de rancœurs – d’ailleurs bien vus - entre des adultes trop libres ou trop coincés et des adolescents égarés. Bilan, une plongée dans des abîmes de la psyché humaine, sous la conduite retorse d’un auteur certes habile, mais non virtuose. Je n’y ai pas, humainement ni intellectuellement, trouvé mon compte.
dimanche, mai 26 2013
Par Agnès Orosco le dimanche, mai 26 2013, 16:50 - Littératures en langue portugaise

- Les sous-titres :
Ésotérique et émouvante histoire vécue par dona Flor, professeur émérite d’art culinaire, et ses deux maris, le premier surnommé Vadinho, le second, le docteur Teodoro Madureira, pharmacien de son état.
ouLa terrible bataille entre l’Esprit et la Matière, contée par Jorge Amado, écrivain établi dans la quartier de Rio Vermelho, dans la ville de Salvador de Bahia de tous les saints, aux alentours du largo de Sant’Ana, où demeure Yemanjá, déesse des eaux.
- Les épigraphes :
Dieu est gros
(révélation de Vadinho à son
retour)
La terre est bleue
(Gagarine l’a confirmé après
le premier vol spatial)
Ah !
(soupira dona Flor).
- et enfin le premier intermède culinaire, à l’orée du roman :
lundi, mai 20 2013
Par Agnès Orosco le lundi, mai 20 2013, 21:16 - Littératures française et francophones
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
II nous verse un jour noir plus triste que les nuits;Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.— Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.Charles Baudelaire – Les Fleurs du Mal, Spleen et idéal, LXXVIII
Intarissablement,
le ciel gris, au ras des toits, déverse une pluie froide, verticale, lourde, incessante.
Dans le jardin reverdi, les poiriers, puis les pommiers n’ont pas eu le temps d’épanouir
leurs belles fleurs blanches ou rosées aux rayons du soleil. Elles jonchent,
tristement, la pelouse. Voici venu le tour de celles, délicates, du
cognassier. Les lilas courbent leurs grappes sous le poids des gouttes, toute la végétation, en écho à l’humeur des
hommes, semble déprimée, et la promesse des fruits s’amenuise. Et pas d’asperges, samedi, au marché ! trop froid. Je pense, sans avoir pu le retrouver, à
l’univers détrempé et inquiétant des Saisons, de Maurice Pons, où, avant
le grand gel de l’hiver, il pleuvait ainsi, intarissablement.
dimanche, mai 19 2013
Par Agnès Orosco le dimanche, mai 19 2013, 10:31 - Théâtre
Il est sur Eclektik de Rebecca Manzoni, en ce moment même. Et au Théâtre du Rond-Point depuis vendredi et jusqu'au 15 juin.
J'en ai parlé, il y a deux ans, ici. C'est un spectacle délectable d'intelligence, de rythme, et si authentiquement drôle, sans une ombre de cette méchanceté contemporaine qui se croit comique. Courez-y !
Le site officiel est ici.
"J'entends la vie, je suis très content". C'est ainsi que se clôt sa "minute de solitude" de fin d'émission, enregistrée à l’École Jacques Lecocq.
La gratitude, aussi, est contagieuse.
dimanche, mai 5 2013
Par Agnès Orosco le dimanche, mai 5 2013, 12:47 - Littératures française et francophones

Fantaisie
Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.Or, chaque fois que je viens à l'entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que dans une autre existence peut-être,
J'ai déjà vue... et dont je me souviens !
Gérard de Nerval - Odelettes in Petits Châteaux de Bohême (1853)
L’un naissait au moment où
l’autre touchait à la fin de sa vie douloureuse, troublée,
« illuminée ». L’un, c’est Guy
de Maupassant, né, cela semble confirmé, au château de Miromesnil en
Seine-Maritime, l’autre, c’est Nerval, dont la Fantaisie m’a trotté dans la tête alors que je me
promenais, dimanche passé, par une belle et fraîche journée de printemps, dans
les salles du rez-de-chaussée, le jardin potager, et le parc dudit château. En
fait de coteau, on est sur un plateau, et point de rivière dans les parages,
mais un saut-de-loup - ou haha, ( !), terme adopté par les Anglais -,
dont j’ai découvert ce jour-là le sens et la physionomie, entre le bois et le
parc, côté sud.
C’est un bien joli château, qui m’a évoqué aussi un des films de la série télévisée « L’Ami Maupassant », de Claude Santelli, - dont tous les épisodes que j’ai vus m’ont semblé parfaits (qu’attend-on pour la rééditer in extenso ? Je les préférais infiniment aux quelques « Chez Maupassant » honorables-sans-plus récemment produits par France 2). C’était Madame Baptiste (1974), une très sombre et saisissante histoire de fille de famille violée par un valet, qui m’avait beaucoup frappée, avec Isabelle Huppert dans un de ses tout premiers rôles, et un Roger Van Hool des plus séduisants. Il semblerait que là n’ait pas eu lieu le tournage, et pourtant sa physionomie, ses dépendances, ont fait ressurgir en moi les lointaines images du film.

Quelques images donc, en guise de promenade dominicale, dont celle prise à travers la grille hérissée qui évoque à la fois un bouquet de Saint Eloi, et, beaucoup plus rustique, l’arbre-aux-voyelles de Giuseppe Penone, au Luxembourg, autre promenade récente, autre réminiscence de Nerval.



jeudi, mai 2 2013
Par Agnès Orosco le jeudi, mai 2 2013, 22:24 - Littératures anglophones
J’ai adoré lire – et presque aussitôt relire, faute de munitions – L’Aventureuse de Jack London, trouvé, lui aussi, sur les étagères de ma nièce. Relire, incontinent, et avec un plaisir égal. Il y avait si longtemps que je n’avais pas remis le nez dans London, dont Croc-Blanc a été, je crois, ma première lecture de « grande ». Il y avait très peu de livres pour les enfants chez nous, et à peine ai-je su lire que je suis passée de quelques albums illustrés – une histoire de castor, une histoire de courlis et de poupée de paille - à Alice au Camp des Biches. Après la déception d’un livre sans images, le frisson de l’aventure, de l’enquête, et des mots inconnus, « masure, bicoque, avoué, course contre la montre »... J’étais ferrée. Croc-Blanc, c’était juste après, chez Hachette ‘Idéal Bibliothèque’. Un cartonnage étoilé sous la jaquette illustrée d’un attelage de chiens de traîneau, avec trappeur. Peu d’images, typographie minuscule pour une toute jeune lectrice, et je m’en souviens comme si c’était hier, les considérations sur la loi du Wild (comment lire ce mot étrange ?), très vite apprise par le louveteau : « Mange ou sois mangé ». Ça m’avait frappée, je crois que j’y découvrais, tout simplement, la fonction éducative du roman. Et l’immensité, la variété, la diversité du monde. J’en ai lu bien d’autres, et puis, entre la 4ème et la 3ème, à la bibliothèque du lycée Montgrand, d’énormes volumes des œuvres complètes. Il m’en reste, entre autres, l’image saisissante d’un brutal marchand d’esclaves, sur les îles lointaines de l’Océanie (peut-être les îles Salomon, encore ?), littéralement écorché vif de la tête aux pieds par ses esclaves avec le gant de peau de requin abrasive qu’il utilisait pour les châtier, et s’écroulant, en plein soleil, dans le sable. Une image de la cruauté absolue. Je ne sais plus du tout quel était le titre de cette nouvelle.
Bref, L’Aventureuse - en anglais, Adventure, ce qui met l’accent sur l’action plus que sur le personnage féminin. Car il y a deux héros dans ce roman très exotique, qui se déroule aux îles Salomon, dans les premières années du XXe siècle. Sheldon, un planteur anglais, dont on ne connaîtra pas le passé, au début du roman brûlé par la fièvre au milieu de sa plantation pleine d’ouvriers eux aussi malades, mais surtout terriblement frustes et passablement inquiétants puisque cannibales. Et puis, surgie des eaux telle une moderne Vénus, la jeune et insaisissable Joan Lackland, une Américaine rompue à tous les exercices physiques et au sens pratique ultra-développé. C’est un roman d’aventures qui, à travers ses personnages eux-mêmes, s’interroge sur l’aventure et sur le romanesque. Car si Joan en est grande amatrice, l’expérience de la vie aux îles va la conduire à quelques ajustements parfois douloureux, alors que Dave, qui au départ se pense un homme pratique, va se laisser gagner, troubler, séduire par le bouleversement apporté dans sa vie par cette lumineuse jeune femme.
mercredi, mai 1 2013
Par Agnès Orosco le mercredi, mai 1 2013, 23:07 - Littératures française et francophones
« Il y avait à Montmartre, au troisième étage du 75 bis de la rue d'Orchampt, un excellent homme nommé Dutilleul qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé. Il portait un binocle, une petite barbiche noire, et il était employé de troisième classe au ministère de l'Enregistrement. En hiver, il se rendait à son bureau par l'autobus, et, à la belle saison, il faisait le trajet à pied, sous son chapeau melon.
Dutilleul venait d'entrer dans sa quarante-troisième année lorsqu'il eut la révélation de son pouvoir. Un soir, une courte panne d'électricité l'ayant surpris dans le vestibule de son petit appartement de célibataire, il tâtonna un moment dans les ténèbres et, le courant revenu, se trouva sur le palier du troisième étage. Comme sa porte d'entrée était fermée à clé de l'intérieur, l'incident lui donna à réfléchir et, malgré les remontrances de sa raison, il se décida à rentrer chez lui comme il en était sorti, en passant à travers la muraille. Cette étrange faculté, qui semblait ne répondre à aucune de ses aspirations, ne laissa pas de le contrarier un peu et, le lendemain samedi, profitant de la semaine anglaise, il alla trouver un médecin du quartier pour lui exposer son cas. Le docteur put se convaincre qu'il disait vrai et, après examen, découvrit la cause du mal dans un durcissement hélicoïdal de la paroi strangulaire du corps thyroïde. Il prescrivit le surmenage intensif et, à raison de deux cachets par an, l'absorption de poudre de pirette tétravalente, mélange de farine de riz et d'hormone de centaure.
Ayant absorbé un premier cachet, Dutilleul rangea le médicament dans un tiroir et n'y pensa plus. » ...
samedi, avril 27 2013
Par Agnès Orosco le samedi, avril 27 2013, 13:14 - Général
Quelques lignes d'hommage de Tchinguiz Aïtmatov, auteur kirghiz, pour saluer le sixième anniversaire de mon liseron, dont l'opiniâtreté me réjouit. Je mettrai des images lorsque j'aurai résolu mes problèmes d'ordinateur, une autre fois..."Tandis que les liserons des champs, bien que ce soient de mauvaises herbes, étaient les fleurs les plus intelligentes et les plus gaies. Ce sont elles qui accueillent le mieux le soleil du matin. Les autres herbes ne comprennent rien, le matin, le soir, tout ça leur est égal. Tandis que les liserons, dès qu'un rayon vient les réchauffer, ils ouvrent les yeux et ils rient. Un œil d'abord, puis le second, et l'un après l'autre, tous leurs cornets s'ouvrent. Blancs, bleu très clair, mauves, de toutes les couleurs... Si tu restes près d'eux sans bouger et sans faire de bruit, il te semble qu'en s'éveillant, ils se chuchotent des histoires. Même les fourmis le savent. Le matin, elles courent le long des liserons, clignent dans le soleil et écoutent ce que se disent les fleurs. Et si elles se racontaient leurs rêves? "

mercredi, avril 24 2013
Par Agnès Orosco le mercredi, avril 24 2013, 11:18 - Général
Vous souffrez de mélancolie, marasme, morosité,
neurasthénie, sombreur (si, si !), vague à l'âme, maussaderie, bile noire ou atrabile, déprime, langueur, bourdon, taedium
vitae, tristesse, chagrin, ennui, angoisse, abattement, cafard, navrance…. de spleen,
quoi ! Pour tenter d’y remédier, ouverture aujourd’hui d’un « tag »
(une étiquette) « Ouvrages reconstituants ». J’ai collationné les
chroniques à la va-vite, il se peut que j’en ai oublié, et encore n’y ai-je pas
intégré les films et les pièces de théâtre. Ça viendra sans doute, et en attendant,
il y a quelques milliers de pages - parmi lesquelles il en est que j'aime bien plus que d'autres - susceptibles de redonner le sourire et le goût
de la vie aux plus désespérés.Que votre cueillette soit fructueuse ! Avec
le printemps renaissent, bonnes ou mauvaises, les herbes nourricières.

Par Agnès Orosco le mercredi, avril 24 2013, 04:56 - Littératures française et francophones
L’Étranger de Camus dans la version graphique de Jacques Ferrandez est sorti ! Il a été évoqué à l'émission L'Humeur Vagabonde de Kathleen Evin sur France Inter, hier soir. Ecoutez-la, ce type est passionnant, et l'émission, de la belle ouvrage.
On peut en feuilleter quelques pages ici, sur le site de Gallimard.
Par Agnès Orosco le mercredi, avril 24 2013, 04:44 - Noirs, thrillers, polars
Non que la lecture de Et La Mer profonde et bleue soit reposante. Mais quel passionnant thriller ! du genre qu’on est obligé(e) de lâcher de temps à autre pour reprendre – entre meurtres, incendie, espionnage, grains, noyades et autres naufrages – un peu de souffle. Harry Goddard, un yachtman naufragé au grand large des Philippines est recueilli sur un cargo, grâce à l’effet conjugué d’une panne et du regard perçant de l’une des deux passagères – sortie de sa cabine exaspérée par les rugissements d’amour de l’autre passagère. Le reste des occupants du bateau, équipage et passagers, est masculin. Il y a un capitaine falot et bigot, et un second, solaire et sarcastique. Et bien vite, on le comprend, des séquelles très toxiques du nazisme. Les termes de navigation y sont très abondants, témoignant des compétences de l’auteur en ce domaine – lexique suit.
Quant à l’histoire, elle est presque tout entière contée à travers le regard de Goddard (les deux ou trois décrochages de sa perspective sont des maladresses, à mon sens), et de façon tellement cinématographique que c’est à se demander si Williams n’espérait pas voir le roman se transformer en scénario. Goddard, d’ailleurs, est producteur de cinéma. Je n’avais lu de Charles Williams que Fantasia chez les ploucs (The Diamond Bikini, avec le liseron bleu tatoué sur le sein de Miss Harrington), dont j’ai dit ici même, il y a bien longtemps – six ans, ou quasi ! – tout le plaisir que j’avais pris à sa lecture, et Aux Urnes, les ploucs, dont j’ai tout oublié. Je ne connaissais pas sa veine sérieuse. Ce roman maritime, l’avant-dernier avant son suicide sur la mer (ah, eh bien, non, d’après wikipedia, vois-je, c’est une légende. Wikipedia où l’on apprend que l’auteur était, quant à lui, scénariste !), est en tout cas une excellente lecture, de TGV ou d’ailleurs.
mardi, avril 23 2013
Par Agnès Orosco le mardi, avril 23 2013, 19:16 - Littératures anglophones
Le bonheur de lire les romancières anglaises. Jane Austen, les sœurs Brontë - les trois -, George Eliot (il faudra que je relise Le Moulin sur la Floss), Mary Webb, Daphné du Maurier, Elizabeth Goudge, Shirley Hazzard… Et entre hier et aujourd’hui, Rosamond Lehmann, Poussière (Dusty Answer). Je suis sûre que ce bouquin devait être à la bibliothèque du lycée Montgrand, tant son titre accolé au nom de son autrice – le traducteur de Poussière écrit « autoresse », why not ? - m’est familier. Mais je suis sûre de ne l’avoir jamais lu, jusqu’à aujourd’hui, où je l’ai dévoré.
Il y a les cinq cousins de la maison voisine : les garçons : Julien (Julian ? most probably), Martin, Charlie et Roddy – et leur cousine Mariella, et puis l’héroïne, Judith, enfant solitaire et incertaine d’elle-même, méditative et studieuse, intensément proche de la nature aussi, de la splendeur de son jardin, dans une intimité sensuelle avec la rivière, où elle nage la nuit, l’étang, où elle patine à perdre haleine, ou les arbres, qu’elle est capable d’escalader jusqu’à leur faîte. Cette merveilleuse façon qu’ont les Anglais(e)s d’évoquer la nature, dans une langue riche, charnue, foisonnante.
« C’était un jour sans soleil. Une lumière voilée tombait sur la campagne comme à travers une vitre faiblement teintée de bleu, sous laquelle le printemps se tenait immobile, retiré, aussi fixe qu’une peinture. Le vert tendre de la prairie où ils étaient réunis s’entourait du vert ardent et doux de la petite haie ; sur cette haie, l’épine noire jetait, en larges éparpillements, son tissu de neige fragile. Au-delà du pré, une coupe de mélèzes était tout illuminée de panaches de feu vert ; et sur sa bordure, purs contre le brun-violet des tronc enchevêtrés, un ou deux arbres juvéniles déployaient leurs feuilles nouvelles, comme un vol de phalènes arrêté dans son essor. Partout régnait le vert prodigue et débordant, étouffé, accablé sous le poids de la vie, et paisible, replié sur lui-même consumant son propre cœur. Partout la floraison blanche, dans son ascension légère, se libérait de ses attaches avec la terre et son enfantement douloureux : et flottant par les airs, ne gardait qu’un secret, celui de la beauté, ignorant tout, n’exprimant rien. »
dimanche, avril 21 2013
Par Agnès Orosco le dimanche, avril 21 2013, 09:24 - Noirs, thrillers, polars
« Ils pénétrèrent dans une longue construction dotée d'une large allée centrale en béton, parsemée de boue et de paille. Quelques ampoules de faible voltage pendaient des poutres en bois brut au-dessus de l'allée et des séparations en bois, à mi-hauteur, bordaient les deux côtés. C'étaient les stalles, occupées aux deux tiers.
En traversant cette première écurie, Dortmunder apprit plusieurs choses au sujet des chevaux : 1) Ils sentent mauvais. 2) Ils respirent, bien plus que tout ce qu'il avait rencontré jusqu'alors dans sa vie. 3) Ils ne dorment pas, même la nuit. 4) Ils ne s'assoient même pas. 5) Ils s'intéressent beaucoup aux gens qui passent. Et 6) ils ont des cous extrêmement longs. Quand deux chevaux qui se trouvaient de chaque côté de Dortmunder, chacun dans sa stalle, tendirent la tête vers lui en retroussant leurs grosses lèvres noires pour montrer leurs énormes dents carrées semblables à des pierres tombales, en reniflant et en soufflant avec leurs narines qui ressemblaient à des canons de fusil, et le mettant en joue, il s'aperçut que l'allée n'était pas si large que ça, finalement.
''Bon sang'', dit Kelp, ce qui ne lui arrivait pas souvent. »
Ce sont des nouvelles. Il y en a douze (le recueil s'intitule Voleurs à la douzaine – Thieves'dozen), et je les ai trouvées hier soir sur l'étagère de ma chambre de passage, juste avant de m'effondrer. Je n'en ai lu que quatre, mais je n'attendrai pas une minute (ni un ordinateur en état de marche, le mien ayant collapsé, alas!) pour témoigner de ma jubilation. Et dire que j'ignorais jusqu'à l'existence de ce recueil pourtant publié en 2004 par Westlake, en 2008 par Rivages, et en 2011 pour l'édition de poche, à croire que Stéphane-de-Pages-d'Encre aurait oublié mes monomanies, quant à Sylviane, la pauvre, qui connaissait son rayon poche comme le fond de la sienne, elle a été reléguée au rayon « livres scolaires » ! Si c'est pas du pur gâchis !!!
vendredi, avril 19 2013
Par Agnès Orosco le vendredi, avril 19 2013, 16:54
Je n'ai plus que les os, un squelette je semble, Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé, Que le trait de la mort sans pardon a frappé, Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble. Apollon et son fils deux grands maitres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m'a trompé,
Adieu plaisant soleil, mon œil est étoupé,
Mon corps s'en va descendre où tout se désassemble.Quel ami me voyant en ce point dépouillé Ne remporte au logis un œil triste et mouillé, Me consolant au lit et me baisant la face, En essuyant mes yeux par la mort endormis ? Adieu chers compagnons, adieu mes chers amis, Je m'en vais le premier vous préparer la place.
Jan VERMEULEN, Livres et instruments de musique Huile sur bois. (XVIIe - Musée de Nantes)dimanche, avril 14 2013
Par Agnès Orosco le dimanche, avril 14 2013, 07:41 - Littératures anglophones
Si tout s'est bien passé pour lui – et n'en déplaise à son arrogant créateur - Maxwell Sim a aujourd'hui 52 ans, et j'espère que pour lui la vie s'est ouverte et apaisée. Il en avait quarante-huit en 2009, au cours de ce long hiver de dégringolade et de découvertes que conte le roman de Jonathan Coe, La Vie très privée de Mr Sim, en anglais : The Terrible Privacy of Maxwell Sim, traduit, très honorablement, par Josée Kamoun. 'Terrible intimité' qui le laisse toujours plus seul avec lui-même, jusqu'à l'habitacle de la Toyota Prius où il est découvert, dès le premier chapitre du roman – un entrefilet de presse -, quasi nu et quasi gelé, au Nord-Est de l’Écosse, à proximité d'Aberdeen.
C'est sa voix qui conte son histoire, relayée de place en place par des récits enchâssés, eux aussi majoritairement écrits à la première personne, mais pas la même. D'abord, celle de l'oncle Clive de Poppy-rencontrée-à-l'aéroport-de-Singapour, une longue lettre où est narrée l'histoire de Donald Crowhurst, le navigateur solitaire mystificateur parti en octobre 68 sur l'océan en quête de gloire, de rêve, de la racine carrée de -1, jusqu'à la folie complète.
Puis une nouvelle très autobiographique écrite – à la troisième personne cette fois - en atelier d'écriture, par Carolyn, l'ex-femme de Max : La Fosse-aux-orties, qui le renvoie nommément à un épisode indigne de son passé pas si ancien (2002 ?). A quoi fait suite le récit, sous forme d'un essai de psycho sur le viol de l'intimité, écrit par la sœur de l'un des protagonistes du récit précédent (Alyson, sœur de Chris), essai concernant à la fois Max lui-même et son père (1976/1980).
dimanche, avril 7 2013
Par Agnès Orosco le dimanche, avril 7 2013, 21:39
Je vivrai par-delà la mort,
Je chanterai à vos oreilles
même après avoir été emporté
par la grande vague de la mer
jusqu’au plus profond de l’océan.
Je m’assiérai à votre table
bien que mon corps paraisse absent,
je vous accompagnerai dans vos chants
esprit invisible,
je m’installerai avec vous devant l’âtre,
hôte invisible.
La mort ne change que les masques
qui recouvrent nos visages.
Le forestier restera forestier,
le laboureur, laboureur,
et celui qui a lancé sa chanson au vent
continuera à la chanter aux sphères mouvantes, là-bas.
Le Jardin du prophète.
vendredi, avril 5 2013
Par Agnès Orosco le vendredi, avril 5 2013, 20:02 - Noirs, thrillers, polars
Ingrédients, lieux et personnages :
- Un jeu d’échecs de trois-cents kilos, pièces en or massif et rubis ou perles, plateau d’ébène et ivoire, coffret de teck, destiné au tsar Nicolas II, égaré en pleine explosion révolutionnaire dans le port de Mourmansk, et annexé par une troupe de soldats américains - puis disparu.
- Le dôme doré à l’or d’une mosquée en construction (« quatre mètres et demi de diamètre, trois et demi de haut »), en attente sur un chantier de Brooklyn. Ça, c’est le projet de Murch, décliné à son grand dépit par le reste de la bande.
- Une inexpugnable chambre-forte sous un immeuble de soixante étages, avec banque et cabinet de juristes, en pleine Cinquième Avenue
- Une vaste propriété perdue en pleins bois au cœur des Berkshires (Massachussetts), et fermée depuis trois ans.
- Un flic en retraite recyclé dans les enquêtes privées, et fort au fait – avec photos – d’agissements illicites antérieurs de Dortmunder et de sa bande
- Le descendant floué d’un des soldats américains dépositaires du jeu d’échecs. Chimiste plein-aux-as en retraite. Au demeurant réduit par la maladie à l’état d’infirme, physiquement susceptible d’adopter toutes sortes de formes déconcertantes
- Un jeune couple de glandeurs installé dans la susdite propriété pour y forniquer à loisir et en toute quiétude.
- Une jeune avocate et son ami illustrateur, un peu glandeur, et cuistot émérite. La jeune femme étant la petite-fille du chimiste sus-mentionné
- Une richissime, procédurière, excentrique, descendante d’un autre des soldats qui.... « Livia Northwood Wheeler (...). Elle est plus riche que Dieu. En réalité, elle n’est pas loin de considérer Dieu comme un parvenu. »
- John Dortmunder, en plein marasme. Je le verrais bien avec la tête de Jean-Pierre Bacri, tiens.
- Andy Kelp, toujours plus lettré, désormais bien installé avec Anne-Marie. Stan Murch, toujours plus balourd et obsédé par les itinéraires. Judson Blint, la très sexy J.C. et son improbable amant Tiny Bulcher, toujours plus massif, tous trois sortis de Surveille tes arrières, voilà pour la bande.
- Le O.J. Bar and Grill, of course, avec son arrière salle à l’ampoule nue et ses interminablement oiseuses conversations de bistrot. C’est même là que tout commence.mardi, avril 2 2013
Par Agnès Orosco le mardi, avril 2 2013, 17:56 - Littératures anglophones
Goguenards, mes enfants m’ont tendu un paquet enveloppé de papier rouge. Suffisamment peu épais pour que je distingue à travers le nom de Joe Dassin. « Il est temps que tu assumes tes goûts » a été le commentaire sarcastique. Je les assume, mes goûts ! j’adore les chansons de Joe Dassin, j’en connais un paquet par cœur, et je me suis rendu compte il y a déjà quelques années, dans les bouchons de l’été méridional, au cours d’une émission à icelui vouée par France Inter, que mon goût pour ces chansonnettes allègres ou mélancoliques n’était pas seulement une sorte de complaisance d’intellectuelle, mais un plaisir réel. Elles sont fichtrement bien ficelées, paroles et musiques, et elles ont tant accompagné ma jeunesse et mes colonies de vacances que je les porte en moi. Bref.
Il s’agissait en l’occurrence d’un recueil de nouvelles, Cadeau pour Dorothy, titre posthume attribué par les éditeurs – la sœur de Joe Dassin et un sien ami, le physicien Alain Giraud – sur le modèle de Breakfast at Tiffany’s. Ce titre, qui n’est pas celui de l’une des nouvelles, est lié à la réapparition de l’une d’entre elles, offerte par le tout jeune Joe, étudiant à Ann Arbor, à sa petite amie d’alors, prénommée Dorothy. Laquelle ayant retrouvé le texte, l’a adressé via facebook à l’un des fils du chanteur. Il y a une histoire de famille d’émigrants, transposée des juifs ukrainiens aux Italiens du sud, une scène de racisme ordinaire dans une petite ville où se côtoient noirs et blancs, une variation sur Des Souris et des hommes, et une histoire méditerranéenne, le choc entre les membres d’une équipe de tournage et les autochtones, sur une île grecque, années 50. On sent dans ces textes les lectures qui les sous-tendent, un goût pour la notation réaliste, et le souci émouvant d’un travail littéraire. Mais dans l’ensemble, c’est trop long, assez verbeux, et maladroit. Bref, si ce recueil est une louable manifestation de piété sororale, la lecture en est, hélas, superflue. Revenons sans réserves aux chansonnettes dont chacune est, à sa façon, une brève histoire, bien mieux rythmée.
lundi, avril 1 2013
Par Agnès Orosco le lundi, avril 1 2013, 11:49 - Littératures hispaniques
Il y a trois histoires qui se juxtaposent. L’une, la première, concerne la fondation dans les années 20 et l’expansion, commerciale puis très rapidement politique, de l’entreprise ITT (International Telephon and Telegraph), autour des ses deux premiers PDG Sosthenes Behn, puis Harold Geneen.
A cette histoire se rattache celle de Lou Capote, brillantissime homme d’affaires d’origine sicilienne, et pervers fétichiste qui ne peut trouver de plaisir qu’en arrachant à ses épouses puis aux prostituées qui leur succèderont un uniforme de collégienne, dans un bunker, devant une copie de la Mort de la Vierge de Mantegna.
La seconde est une autobiographie à la première personne, écrite par Bernardo, un orphelin, brillant élève des Jésuites, sous forme de longues lettres adressées à un certain Carlos, ou Carlitos, dont on découvrira par la suite qu’il s’agit du père Castelnuovo, qui fut son mentor dans sa jeunesse, et le reste, par correspondance, tout au long de sa vie.
La troisième est la confession écrite, adressée à partir de juin 1628 au moine dominicain frère Jeronimo de las Munecas par Alvaro de Mendoza, cadet de famille hispano-néerlandais devenu chevalier d’industrie, grand voyageur sur terre et sur mer, de l’Occident à l’Orient, gitan, voleur, assassin, pirate, polyglotte et érudit sans loi et avec quelle foi ?
Naturellement, le tressage de ces trois histoires apparemment sans lien a quelque chose de très surprenant, au départ, et puis on se laisse prendre à chacune d’entre elles, au fur et à mesure qu’elles prennent de plus en plus d’expansion, et qu’on se demande bien comment on va raccrocher les différents éléments. La confession d’Alvaro de Mendoza, par exemple, toujours plus picaresque, égare et dépayse le lecteur, qui ne manque pas cependant de s’aviser que les talents de rédacteur de feuilletons de Bernardo Pietrahita entretiennent quelque parenté avec le récit sus-évoqué, de même d’ailleurs qu’avec la propre inventivité débridée de Daniel Chavarria, l’Auteur soi-même ! Escroqueries de tout poil, enlèvements, espionnage, fictions enchâssées à tous les étages, il arrive que l’on s’y perde, et il me reste quant à moi quelques perplexités annexes, quant au rôle joué par exemple par l’ex-épouse de Lou Capote dans des développements que je n’évoquerai pas pour ne pas vendre quelque mèche que ce soit.
Retors, épique, roublard voire tortueux, érudit en diable (au passage, si je n’ai pas remis les yeux sur une citation rencontrée en cours de lecture, je signale au traducteur que « le Mantouan » n’est certes pas un obscur poète du XIVe siècle, comme l’indique la note en bas de la page 437 mais Virgile soi-même, tout simplement), ce roman, écrit par un professeur de littérature classique d’origine urugayenne – comme Bernardo – devenu un cadre de la révolution cubaine après détournement d’avion ! – ma source est ici - mériterait de plus amples et plus subtils développements. Que je n’ai ni le temps, ni le cœur de faire, alors voici.
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