samedi, mai 30 2015

« Regarde de tous tes yeux, regarde ! » - Andrée Ferrier-Mayen, La Terrasse

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J’attendais ce livre qui, avec son affectueuse dédicace, est venu à moi dans ma boîte-aux-lettres, avant-hier ou mardi. C’est le second livre publié par Andrée Ferrier -  que j’ai déjà saluée ici - à l’âge de 98 ans. Elle a été, au lycée Montgrand où j’ai fait mes classes de la 6ème à la 1ère, mon professeur de français et de latin, en 4ème, et en 1ère justement. La révélation, à travers elle, de ce que pouvait être la passion de la littérature, de la lecture à tous les sens du terme, lecture incarnée par les voix, lecture critique, interprétative. Que d’auteurs nous avons croisés, mes camarades « de toutes origines sociales » et moi, dès cette année de 4ème, Balzac, ou Rimbaud, ou Giono, ou Milosz, ou Brecht, ou Molière, ou Corneille, et Rousseau encore, ou Louis Bouilhet… j’aimais déjà le français, j’aimais lire à la passion, mais cette année-là, il y a eu autre chose, ce feu communicatif qui électrise une classe entière, et qui, je pense, me porte encore.

Qui porte aussi nos trop rares conversations, lorsque je la retrouve sur sa terrasse d’Allauch ou dans sa bibliothèque peuplée de livres, des encres de son mari, Henri, des souvenirs de leurs voyages à travers le monde. Assises dans nos fauteuils, nous évoquons nos lectures et nos découvertes, et c’est un bonheur.

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lundi, mai 25 2015

Voltaire - Jeannot et Colin

Jeannot, né à « Issoire, en Auvergne, ville fameuse dans tout l’univers par son collège et par ses chaudrons », est devenu grâce à la soudaine fortune de son père « Marquis de la Jeannotière ». Le voilà propulsé à Paris dans le beau monde.

Le texte intégral du conte est disponible ici.

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(...) Le père et la mère donnèrent d’abord un gouverneur au jeune marquis : ce gouverneur, qui était un homme du bel air[1], et qui ne savait rien, ne put rien enseigner à son pupille. Monsieur voulait que son fils apprît le latin, madame ne le voulait pas. Ils prirent pour arbitre un auteur qui était célèbre alors par des ouvrages agréables. Il fut prié à dîner. Le maître de la maison commença par lui dire d’abord : « Monsieur, comme vous savez le latin, et que vous êtes un homme de la cour…

— Moi, monsieur, du latin ! je n’en sais pas un mot, répondit le bel esprit, et bien m’en a pris ; il est clair qu’on parle beaucoup mieux sa langue quand on ne partage pas son application entre elle et les langues étrangères. Voyez toutes nos dames, elles ont l’esprit plus agréable que les hommes ; leurs lettres sont écrites avec cent fois plus de grâce ; elles n’ont sur nous cette supériorité que parce qu’elles ne savent pas le latin.

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jeudi, mars 26 2015

Un libraire

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Je connaissais l’existence de la librairie Helluin avant même d’avoir jamais mis les pieds à Amiens. C’est munie de cette seule adresse, donnée par un comédien de la troupe des Bonillo  - qui de Longueau avait rallié Marseille -  que j’ai quitté mon port d’attache méditerranéen pour  la capitale picarde, où m’avait expédiée l’ordinateur du Ministère de l’éducation nationale. Aussi Serge Helluin est-il  le premier picard auquel j’aie vraiment parlé, qui m’ait chaleureusement accueillie. Une librairie à côté du marché, je ne dérogeais pas à mes habitudes, et j’y débarquais après ma récolte de nourritures terrestres.

Serge a commencé par me prêter sa collection d’Alexandre Dumas – j’étais en panne à la fin d’Ange Pitou, puis il m’a présenté à mon futur compagnon, Pierre Berthout, histoire dans laquelle il a joué le rôle d’un entremetteur actif et attentif ! Après quoi, il a vendu à Pierre sa collection de Dumas, alliant l’amitié au sens du commerce. Ces bouquins, qui me sont très chers, sont toujours là, à portée de regard et de main, dans ma bibliothèque. Il m’a offert Caquet Bon bec, la poule à ma tante, un tout petit livre charmant dont le titre devait selon lui me servir de sobriquet, et j’ai de lui, dans les trois volumes de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert qu’il a aussi vendus à Pierre pour me les offrir, un savoureux article « Agnès », rajouté à la place idoine, et rédigé de sa jolie écriture échevelée aux vrilles liseronnesques.

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dimanche, mars 22 2015

Pierre Siniac - Femmes Blafardes

Femmes Blafardes, un roman de Pierre Siniac, première édition Fayard Noir 1981, réédité chez Rivages/Noir en 1997.

J’ai dû lire quelques « noirs » ces derniers temps, pour cause de journée d’étude sur la question. Entre autres le passionnant parce que tellement passionné et érudit Du Polar, entretiens de François Guérif, qui est justement le directeur de Rivages/ Noir, avec le journaliste Philippe Blanchet[1]. Le Guérif, et le Siniac, dont j’ai justement découvert le nom, l’existence et même la photo – grosses lunettes carrées, vaste front, raie sur le côté -  dans le Guérif, tous deux prêtés par un Sylvain emballé.

Femmes Blafardes, titre en somme bizarre, parce que les femmes de ce roman ne le sont guère, bien plutôt hautes en couleurs, entre la guirlande de prostituées du claque de Mme Augustine Balbaupoul, sous la houlette de la somptueuse Colette dite « la Panthère », pute syndiquée qui reçoit chaque jeudi un notable inscrit depuis des semaines sur la liste d’attente, et les autres, la jolie Finette ardemment désirée par l’assureur timide aux oreilles en feuille de chou – Urbain Petitbosquet - et  par le clochard Mésange, les Cantoiseau mère et fille, obèses et gourmandes, et encore la voyante « Emilienne de Chamboise, sciences occultes, astrologie, tarots et procédés divinatoires, en semaine et sur r-v, sauf le jeudi ». Le jeudi, justement, jour, ou plutôt nuit, du crime. Huit jeunes femmes rectifiées entre le 25 octobre et le 24 janvier, à raison d’une par semaine (avec une pause). C’est bien plutôt le « bled froid et triste » qui sert de décor à cette histoire, un petit bourg sinistre sis quelque part dans l’imaginaire de l’auteur entre Cholet, Nantes et La Roche-sur-Yon, que l’on peut qualifier, avec ses brouillards nocturnes et sa « pluie brouillasseuse et transperçante », de blafard.

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lundi, mars 2 2015

Claire Keegan - Les Trois Lumières

Il y a eu aussi la très brève lecture d’une belle nouvelle de Claire  Keegan, conseillée à la librairie par Véronique y croisée : Foster, titre anglais, traduit par Les Trois Lumières, au passage nouvelle éditée séparément par 10/18 pour le prix modeste de 6,10€, ce qui est, disons-le, exorbitant. Et pendant que j’y suis avec les réserves, il y a dans la traduction quelque chose qui, pour moi, grippe à la lecture. Certes, je n’ai pas vu le texte anglais, mais c’est ainsi que je le sens.

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Très brève histoire, toute en suggestion et en sous-entendus : c’est le récit, vu à travers les yeux de la jeune héroïne, d’une éphémère « adoption », car tel est le plus ou moins le sens du titre anglais. L’enfant est déposée à la hâte par son père, pour l’été, chez un couple de fermiers du Wexford, en Irlande. D’une famille nombreuse absorbée, au détriment de toute attention et de toute tendresse, par l’urgence des tâches quotidiennes de la ferme, elle se retrouve seule enfant choyée avec une distance pleine de tact par ce couple vigilant, secret et plein de bonté. Joie de la communion avec la nature, de la douceur des gestes et des mots (« Longues jambes », l’appelle son hôte qui l’entraîne à la course, ou « Pétale »), du partage des gestes et des activités de la ferme, Les Trois Lumières (sur la mer nocturne, au cours d’une très belle scène au bord de la plage) est le récit d’une initiation, brève et définitive, à l’amour des hommes et du monde.

Vue d'Inishturk, Par Manon M.

dimanche, mars 1 2015

Francesca Melandri - Plus haut que la mer

      Se réconcilier avec la lecture. Moment de joie douce après l’étrangeté d’une sorte de long divorce. Pas un billet sur ce blog depuis des mois, et pourtant il y a bien eu quelques romans pendant tout ce temps, comme, offert par Isabelle, Les Yeux dans les arbres, de Barbara Kingsolver, et L’Usage du monde, de Nicolas Bouvier,  et qui sait pourquoi j’avais si longtemps reculé devant cette lecture, alors que ce livre (qui n’est pas un roman) a ébloui quelques nuits d’insomnies. Et encore, prêté par Nathalie, Par-dessus le bord du monde de Tim Winton, en anglais Dirt Music (quelque chose comme la musique de la terre, mais peut-être aussi celle de la crasse ?). Beaux livres, mais comme effacés par une sorte de brouillard d’oubli.

     Et puis hier soir, cadeau de mon fils, j’ai ouvert Plus Haut que la mer, de Francesca Melandri, dont j’avais lu et chroniqué, il y a quasi pile un an, Eva Dort. Ouvert, et refermé seulement après l’avoir fini, quelques heures plus tard. Un livre beau, mélancolique, tranquille, profond, qui me rend au désir de tenter d’en écrire.

Il y a une Île, avec la majuscule, et l’anonymat, l’incertitude géographique. L’Île avec ses odeurs, ses routes impraticables, les rituels de ses habitants, tous organisés autour des prisons de haute ou moins haute sécurité qu’elle abrite. Une Île-prison, en somme, pourtant ouverte à la splendeur du ciel nocturne, à l’intensité des odeurs aromatiques, aux pulsations versatiles des vents et de la haute mer. Où vont se croiser trois personnages Paolo, Luisa, et Nitti Pierfrancesco. Le père d’un brigadiste, l’épouse d’un droit commun deux fois assassin, un « agent carcéral », ainsi désigné tout au long du roman par son identité administrative.

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samedi, octobre 11 2014

Pride, without prejudice

On commence à sourire dès les premières images, lorsque Mark, saisi d’une brusque inspiration en regardant les infos, quitte son appart un seau à la main, en quête d’autres seaux – what for ? – et qu’il rive son clou avec esprit et désinvolture au vieux… compère ? - quel est le masculin de commère ? - qui, penché à sa fenêtre, s’en prend à ses mœurs sexuelles. C’est un jour de gay pride, 1984. Et les 20 ans de Joe, le blondinet bien propre sur lui, qui au sortir du métro se trouve enrôlé sans le vouloir comme porteur de banderole. Avec lequel le spectateur se trouve, lui aussi, embarqué dans cette histoire de gays, puisque tel est le terme, décidés à apporter leur soutien à la grève des mineurs de 84-85, sous le « règne » de Thatcher.

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Ce film est d’un entrain irrésistible. D’une drôlerie profonde, jamais lourde, toujours spirituelle. C’est une histoire de fraternité humaine sans une ombre de mièvrerie, d’où irradie à chaque image – belle image, paysages et gens sont filmés avec amour – une joyeuse énergie. Les femmes y sont merveilleuses, aussi bien Steph la lesbienne à la crête carotte  (« I am the L in LGSM[1] ») que les meneuses du club des mineurs gallois en grève, Siân, Hefina et Gwen. Il y a dans ce film inspiré par des faits bien réels un tel élan de vie que, toute réticence remisée, on rit à pleine gorge (on rit « avec », et non pas contre !), on se laisse parfois submerger par l’émotion, en particulier dans la scène magnifique – bande-son peut-être un poil tonitruante – où la communauté des mineurs en grève chante en chœur « Bread and roses ». La catharsis par le rire joue à plein dans cette comédie au meilleur sens du terme, qui interroge notre rapport au monde, aux autres, à la politique et à la morale, à la sexualité évidemment, sans une once de militantisme. Les femmes galloises ont une telle santé bienveillante, une telle inventivité malicieuse que c’est sans doute cela le plus étrange du film (le plus queer, puisque le film a reçu la Queer Palm à Cannes), le meilleur signe, envers et contre tout, de l’échec de Thatcher, du fait qu’elle n’a – malgré les désastres sociaux qu’elle a engendrés – pas réussi à réduire, à uniformiser ni à asservir les gens.

Pourquoi les Anglais ont-ils un talent si singulier pour les comédies sociales ? Les acteurs – il y a une bonne douzaine de rôles principaux, et sans doute n’est-ce pas étranger à l’énergie communicative du film, cet esprit d’équipe, sans star – sont tous magnifiques. Citons, parce qu’ils sont tout jeunes, Ben Schnetzer, qui incarne Mark avec une présence rayonnante, tout comme Faye Marsay incarne Steph. Et puis le timide Joe, que l’aventure révèle à lui-même. Mais je pourrais aussi bien citer le casting complet, avec ses stars, Bill Nighy ou Dominic West, sans oublier la bande son, qui donne une terrible envie de chanter – et de danser.

Et les seaux, dites-vous ? Pourquoi les seaux ? Courez-y, et vous saurez.

Pride de Matthew Warchus, scénario de Stephen Beresford, musique de Christopher Nightingale (2014).

Une interview du scénariste et du réalisateur ici.



[1] Lesbians and Gays Support the Miners

mardi, septembre 2 2014

Au château de Bois-Guilbert, les sculptures de Jean-Marc de Pas

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On l’aborde à travers les grilles, le ‘chevalier inexistant’, hiératique et rouillé sur la grande pelouse qui tient lieu de parvis au château. Déjà, à droite, plus loin, le regard découvre d’autres sculptures, le duo de treillis conversant, nonchalant, dans son hémicycle de buis, l’essor dansant d’un couple – le même ?- arqué vers le ciel. Petit château de briques sans coins de pierres qui, dès les grilles, saisit, fait battre le cœur d’un sentiment, d’emblée, d’harmonie.

On franchit les grilles sur le chemin de graviers et l’on salue, de loin, comme si on les reconnaissait, l’arabesque du harpiste comme un L majuscule griffant le fond des arbres, une jeune femme nue surgissant à l’angle du château, un taureau, un cheval puissants au détour d’une cour voisine… silence peuplé.

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mardi, juin 17 2014

Un haïku

Coccinelle trottant

Sur le doigt tendu

Vers ton absence


Vincent Delefosse - La Volière vide (ed. Liroli)

dimanche, avril 27 2014

Sept ans aujourd'hui...

et quelques mois de silence, à quoi convient le bref poème que voici...

Le liseron du soir

la grâce

des choses cachées.

C'est un hai-ku de Chiyo-ni, une poétesse du XVIIIe, extrait d'un très joli livre publié chez Moundarren, Bonzesse au jardin nu, qu'Isabel Asúnsolo a apporté l'autre jour dans ma classe. Isabel, croisée hier au détour d'une église, en Grèce, où fleurissent éclatants les liserons...

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vendredi, février 28 2014

Le billet de février

Cap Frie

J'ai entendu cette nuit une voix d'enfant derrière ma porte
Douce
Modulée
Pure
ça m'a fait du bien

Coquilles

les fautes d'orthographe et les coquilles font mon bonheur
Il y a des jours où j'en ferais exprès
C'est tricher
J'aime beaucoup les fautes de prononciation les hésitations de la langue et l'accent de tous les terroirs

Rire

Je ris
Je ris
Nous rions
Plus rien ne compte
Sauf ce rire que nous aimons
Il faut savoir être bête et content


Blaise Cendrars - Feuilles de route, III (1927-28)

Il ne sera pas dit que, bouleversements divers ou pas, et appétit de lecture en berne, le mois de février puisse se passer sans apporter au moins un billet à Convolvulus. Alors ce seront trois de ces brefs poèmes instantanés dont abondent les "carnets de voyage" de Cendrars. Le premier avait été choisi par une de mes élèves pour lecture à voix haute. Il m'avait échappé, il m'a frappée, émue, évoqué Verlaine (Et ô ces voix d'enfants chantant sous la coupole, vers cité quelque part dans The Waste Land, s'il m'en souvient bien). Les deux autres étaient dans les parages du premier, et en tapant le troisième, j'ai tapé "azime", au lieu de "aime"...^^

Je reviendrai, bientôt, avec des lectures, adieu à Février et que Mars s'ouvre sous le signe de l'espoir.

mercredi, janvier 29 2014

Son nom, je me souviens qu'il est doux et sonore...

Tristan Klingsor. Quel beau nom, mélancolique, exotique et sonore, rencontré – quand ? - dès l'enfance. Retrouvé au détour d'une conversation amicale, puis d'un recueil, Humoresques, feuilleté sur Gallica.

Léautaud l'a ainsi évoqué, amicalement, dans son Journal, en 46 : « Rencontré Klingsor (que je n'avais pas vu depuis le début de la guerre) au carrefour Buci, à cinq heures, c'est à dire à l'heure des queues devant les étalages des commerçants. Combien de gens aujourd'hui savent le délicieux, charmant, pittoresque poète, qu'est Tristan Klingsor, parfait musicien des mots et des rythmes, plein d'une fantaisie aussi vive et colorée comme une suite de petits ballets, et nullement dénuée d'émotion pour cela, et de plus écrivain probe, sans étalage ni vanité. »
Merci  à Laurent, qui est ma source. Que dire de plus ?

Son nom est plein des brumes wagnériennes (Klingsor est le magicien de Parsifal), mais sa poésie est française, délicieusement, délicatement française : légère, chantante, dansante, cocasse, raffinée, populaire, gaillarde, paillarde, mélancolique. J'ai eu la surprise, au fil de ces humoresques, de croiser d'explicites hommages à Verlaine, qu'on en juge :
 

LES AUDACIEUX

Froissons les jupes!

Que le jet d'eau mélancolique jette
Au clair de lune ses volutes
Tant qu'il voudra;
Poussons la fenêtre
Et prenons la belle en nos bras:
C'est l'heure, messieurs,
C'est l'heure ou jamais d'être
Audacieux.

Plus n'est besoin des cordes aux lucarnes
Ni des airs langoureux de flûtes
Dans la bise des carrefours:
Voleurs d'amour
N'ont point peur du gendarme!
Voici les jolies roses dans le linge blanc;
Il ne faut plus de flûtes,
Ni de guitares, ni d'aveux tremblants,
Car où sont les galants cérémonieux
Que vous fûtes,
Messieurs ?...

Froissons les jupes !

 

Où j'entends un double écho. Celui des Ingénus, des Fêtes galantes, et celui d'En bateau, le plus plaisamment libertin, jusque dans sa métrique, des poèmes du recueil. Sans parler du clair de lune et du jet d'eau, sanglotant d'extase à l'orée du recueil.

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samedi, janvier 25 2014

Francesca Melandri - Eva Dort

Je viens de finir Eva dort, offert à l'impromptu par Carole, rencontrée aux premiers jours de janvier à la librairie. Moi, je lui ai offert Gioconda. Je ne sais pas si je trouverai l'énergie ou le désir de chroniquer mes lectures en cette année qui s'ouvre – la liste des romans, des essais lus, et des films regardés, s'allonge, délaissée, effilochée... Mais je suis heureuse de l'ouvrir par ce billet. Quel beau roman ! De ceux qui attestent, s'il en est besoin, de la vitalité du genre, de sa capacité à créer des personnages qui accompagnent encore nos vies et nos pensées – comment a-t-on pu si doctoralement mettre en cause sa légitimité, en ces temps de spéculation débridée du Nouveau Roman, et croire que l'on pouvait cesser de « raconter des histoires » ! Un de ces romans où l'on respire à l'aise, dont la langue paraît familière – et pourtant combien hérissée ici d'interminables vocables tyroliens truffés de consonnes ! - dont les images, les associations d'idées, les personnages semblent nécessaires et justes. Un roman plein de l'histoire de l'Italie, avec une belle traversée en train, depuis le Haut Adige – car c'est cette greffe autrichienne laissée par la guerre de 14-18, et sa douloureuse et violente histoire, qui est le socle du roman – jusqu'à l'extrême sud de la botte, à portée de main de la Sicile. - Il y a bien longtemps que je n'ai pas traversé l'Italie en train, dans un des ces compartiments à trois sièges face à face - on peut les étendre en position de lit. Bonheur des voyages dans les années 70 – 80, rideau tirés, yeux fermés pour éloigner le plus longtemps possible d'éventuels voyageurs intrus, beauté-malgré-tout des paysages dévastés par des constructions anarchiques, étrangeté des perspectives contradictoires entre la mer et les montagnes... Je m'y suis retrouvée.

Si Eva traverse l'Italie en train en ce dimanche de Pâques, c'est pour aller, in extremis, à la rencontre de l'homme qui avait donné à son enfance, brièvement, fermement, honorablement, la couleur du bonheur. Son presque père, Vito Anania, un jour perdu, et dont la perte a restauré dans sa vie l'omniprésence absolue, hautaine, tendre pourtant, de sa mère Gerda Huber, ex Matratze devenue cuisinière émérite au Grand Hôtel de Frau Mayer à Merano. Eva a donc grandi à l'ombre de Gerda, et le voyage en train retisse au fil de ses pensées, dans l'alternance un peu systématique des kilomètres franchis et des dates - ce procédé qui, dans nombre de romans ces temps derniers, devient une ponctuation bien trop facile, systématique et somme toute assez peu suggestive de l'intrigue. (C'est le seul reproche que j'adresse à l'autrice, Francesca Melandri, que je n'avais pas encore nommée). Le voyage en train retisse donc au fil de ses pensées l'histoire familiale de ces montagnards humiliés dans leur langue et le tissu le plus intime et social à la fois de leurs vies par le rattachement du Tyrol du sud devenu Haut Adige à l'Italie, avec l'histoire de Gerda, puis d'Eva.

J'ai découvert dans Eva Dort un pan de l'histoire italienne dont j'ignorais tout. Au fil de mes lectures nocturnes, la pluie martelant le vélux, j'en ai aimé les personnages, tous, même les plus modestes apparitions, comme celle du sacristain Lukas – ou détesté, mais compris, certains, comme Hermann et Peter, frustes, brutaux, tranchants, le père et le frère d'Eva.

Il est temps à présent que je laisse, pour vaquer, pour courir, cette chronique dont j'espère, au seuil de l'année, qu'elle vous donnera le désir de lire Eva Dort, fluidement traduit par Danièle Valin.

jeudi, janvier 16 2014

Perspective sur 2014

Young Cicero Reading. - Fresque de Vincenzo da Foppa (1464) - The Wallace Collection, Londres

C'est mon amie Christine qui m'offre – enfin – l'occasion d'ouvrir sur Convolvulus cette nouvelle année. Il y a sur cette fresque tout ce que dont j'avais envie : une fenêtre, perspective ouverte sur des arbres et sur le ciel, un banc, des niches avec des livres, et cet enfant installé avec tant d'abandon pour lire, un pied ballant, l'autre calé sur le banc de pierre, le visage serein, grave, concentré, le livre incliné cependant selon un angle inconfortable...un enfant-Cicéron, attendrissant avec son visage d'ange, bien loin de l'ambitieux et génial orateur, souvent ronflant, et vaniteux.

Que l'année qui s'ouvre vous offre, lectrices et lecteurs, des perspectives ouvertes sur des ciels lumineux, et de pleines récoltes de lectures plaisantes, nourrissantes, stimulantes, ferventes... J'en ai quelques-unes derrière moi, dont je ne sais si je pourrai les chroniquer, mais let's hope so.

Et merci à toi, Christine.

mardi, décembre 31 2013

Pour clore l'année

Pour clore cette année si triste, si peu féconde, l'abondance des fruits et des douceurs de l'hiver, convoqués pour les fêtes, où l'on se réchauffe de concert.

Et un conseil : si vous ne l'avez pas encore vu, si vous avez la chance qu'on le projette encore dans vos parages, allez voir The Lunch box. Une histoire de saveurs, justement, à Bombay, nowadays, et un authentique "film épistolaire". Saveurs, couleurs, odeurs, visages, désillusions, désirs, amours et illusions. J'en reparlerai plus longuement, L’ANNÉE PROCHAINE. Mais je veux dire aujourd'hui combien, à tous les sens du terme et le sourire aux lèvres, je m'y suis régalée.

A l'an que ven, se siam pas mai que siguem pas mens, du fond du cœur.

dimanche, décembre 22 2013

Washington Irving - La Légende du Cavalier sans tête

Je viens de lire, au hasard d'une découverte de table de nuit, la toute petite nouvelle de Washington Irving qui a inspiré le film de Tim Burton : La Légende du cavalier sans tête. Pas le genre de texte vers lequel je serais allée spontanément, étant peu portée sur les histoires gothiques. Aussi ai-je découvert avec un plaisir sans mélange l'allègre et malicieux récit dont Ichabod Crane, anguleux instituteur et maître de chant dans la paisible communauté hollandaise du Val Dormant (Sleepy Hollow), sur les bords de l'Hudson, état de New York, est le plaisant héros. Rien de gothique dans cette histoire, où les croyances aux créatures maléfiques font partie du tissu même d'une vie au demeurant rustique et bon enfant : autour de la jolie et coquette Katrina Van Tassel, riche héritière, se joue la rivalité entre Brom Bones et Ichabod Crane, dont les noms sont si pittoresquement drôles ! (crane est la grue en anglais, et Ichabod est une sorte d'échassier humain, mais c'est aussi, à peu de chose près, le crâne (cranium). Quant à Bones... chacun en comprend le sens). Il y en a pour une demi-heure de lecture, avec le sourire.
Je crois avoir offert à mon neveu, il y a quelque temps,
Rip Van Winkle, du même, dans la belle édition illustrée par Arthur Rackham. C'est ma prochaine lecture, dès demain, I hope !


Illustration de F.O.C. Darley (1849) pour Le Magasin pittoresque (source Wikipédia)

mardi, décembre 17 2013

Convolvulus redivivus

Après quelques jours d'évanouissement complet, d'abolition littérale d'une année entière de chroniques et d'une centaine d'articles, Convolvulus semble être ce soir revenu à la vie.
Du coup, mon billet abasourdi  intitulé "Catastrophe", et salué par un message compatissant de Nathalie, a disparu. Accident mineur... Merci à Nathalie, et à celles d'entre vous qui m'ont adressé alors un signe. Et que se perpétue, vivace, mon liseron, bien ensommeillé d'ailleurs en ces temps de moindre lecture.

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samedi, novembre 30 2013

William Wyler - Vacances Romaines (1953)

Dans Vacances Romaines, la princesse Ann rêve de "pajamas", avant de revêtir, quelques heures plus tard, ceux de Gregory Peck. Ça m'a beaucoup surprise, j'avais appris "pyjamas"...



Je n'avais pas écrit ici que j'avais regardé Vacances Romaines. Roman Holiday. Deux fois, en anglais. Avec Audrey Hepburn, irrésistible en jeune princesse d'un pays non répertorié, que sa tournée européenne a conduite à Rome - et au-delà de la contrainte supportable : interminables stations debout sur escarpins, interminables saluts et formules de politesse ressassées, interminables bals protocolaires avec fossiles divers, inlassable surveillance de la Comtesse et du Général, sempiternelle chemise de nuit vieillotte et collet monté, verre de lait et cracker du soir...... la voilà enfuie nuitamment, et retrouvée endormie sur un bord de mur le long du forum - temple de Saturne, temple de Vespasien, arc de Septime Sévère - par un Gregory Peck amusé, ému, irrité, perplexe, et charitablement obligé de l'embarquer en taxi jusqu'à son perchoir, via Margutta 51, volées d'escaliers, plantes grimpantes le long des rampes. Bougainvillées ? plumbagos ?

Dans l'appartement, perché sur les toits de Rome, voix pâteuse : "- Is this the elevator ? - It's my room."

Et un peu plus tard : "- This is very unusual. I have never been alone with a man before, even with my dress on. With my dress off, it's most unusual. (Petit rire). I don't seem to mind ! Do you ?"
Plus tard encore, cette merveilleuse réplique de la prétendue Anya, toujours cérémonieuse, à Gregory Peck – Joe Bradley la quittant pour aller boire un café, le temps qu'elle revête les fameux "pajamas", geste altier, pirouette chancelante : "You have my permission to withdraw."
Jupe dansante (c'est une jupe "soleil", je pense, un rond parfait), taille de guêpe, cheveux longs sagement tenus par des barrettes mais bientôt ratiboisés (- All Off ? demande deux fois le sémillant coiffeur que l'on retrouvera sur un bal flottant au bord du Tibre, - All off, répond la princesse déterminée). La sage écharpe nouée autour du cou bientôt remplacée par un un petit foulard de vichy, voici la princesse lancée dans l'exploration de la vraie vie – une vie rêvée -, en compagnie de Bradley, jambes interminables, sourcil gauche en accent circonflexe, et de son copain Irving, armé de son briquet photographique, car le journaliste a fini par comprendre qui était son invitée nocturne et mitonne son scoop. La cavalcade en Vespa, à travers une Rome de cartes postales allègrement filmée, comme passagère puis comme chauffarde radieuse, en est le pont d'orgue.

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mercredi, novembre 20 2013

Magie d'Apollinaire - Signe

Signe

Je suis soumis au Chef du Signe de l’Automne
Partant j’aime les fruits je déteste les fleurs
Je regrette chacun des baisers que je donne
Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs

Mon Automne éternelle ô ma saison mentale
Les mains des amantes d’antan jonchent ton sol
Une épouse me suit c’est mon ombre fatale
Les colombes ce soir prennent leur dernier vol

Alcools


mardi, octobre 29 2013

Où il se confirme que je n'ai pas l'étoffe d'une jurée Goncourt...

Plus que quatre titres sur la liste ultime, parmi lesquels, Nue ET Arden... Ma foi, il y a bien eu déjà Houellebecq ou Les Bienveillantes, sans parler du Sermon sur la chute de Rome qui m'est tombé des mains. Il doit y avoir un critère "boursouflure", ou "ennui". Heureusement, restent Karine Thuil, que je n'ai pas lue, mais qui était charmante et très captivante à écouter, et Lemaître, auteur d'un très authentique roman populaire.

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