CONVOLVULUS

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche, mai 13 2012

A propos de 'clinquant', fulminations lexicales à sauts et à gambades

Mais bon sang, ils peuvent pas dire « clinquant » au lieu de dire « bling-bling » ????? - « en toc, tape-à-l’œil, tapageur(-se), maniéré(e), prétentieux(-se), factice » ????? Ni « défi » au lieu de « challenge » - qui au passage est un mot issu de l’ancien français, lequel est lui-même issu du latin « calumniare », marrant, non ?
On leur apprend pas non plus le vocabulaire, dans les écoles de journalisme ? Ce matin, c’est à propos de cuisine, dans l’émission « On va déguster » sur France Inter. Que j’écoutais après « Eklectik » de Rebecca Manzoni/ Jacques Audiard, en me disant que France Inter proposait désormais des émissions de grande qualité, construites, documentées, inventives, avec des voix de radio [des fois, il y a la voix sans la qualité : la minaudière, frétillante, inquisitoriale, arrogante, paternaliste, insupportable Pascale Clark, par exemple], alors que France Culture avait perdu cette touche de la voix, qui était, avec la passion de transmettre de ses producteurs(-trices) d’autrefois, sa griffe. Donc Rebecca Manzoni, avec sa voix, son sens du silence, son attention aux gens qu’elle interviewe, la connaissance et le respect qu’elle a de leur travail. Et la façon qu’elle a de les rendre intéressants, de les transmettre, en somme, même quand a priori ils ne font pas partie des références de l’auditrice que je suis. Joey Starr, par exemple, que j’ai écouté presque à mon corps défendant (mais avec intérêt)… (mais pas Annie Ernaux, non, au-dessus de mes forces). Jacques Audiard, c’était un bonheur, avec sa diction trébuchante, sa modestie, et cette passion de la forme juste, qui lui a fait peupler sa « minute de solitude » conclusive par la lecture d’un passage de « Forme et signification » de Jean Rousset, consacré à Flaubert, par lettre à Louise Colet interposée. Sur l’art de faire tenir ensemble, dans une forme de déséquilibre, de beaux passages fignolés, puis défignolés. Alors, si les hôtes d’ « On Va déguster » ont la passion de la bonne cuisine, des produits goûteux et du terroir, que ne l’expriment-ils dans une langue elle aussi ancrée en terroir, en archaïsmes, savoureuse, en somme ? Au lieu de parler de « cuisine bling bling » !

Il y a un autre mot qui florit par les temps qui courent dans les propos moutonniers des journalistes et autres chroniqueurs. De « marinisme » ou « mariniste », pour ma part, je ne connaissais que la langue affectée, précieuse, maniérée (presque une anagramme) du Cavalier Marin, Giambattista Marino, dont l’« Adonis », offert à Louis XIII en 1623, bouleversa l’Europe galante et précieuse du XVIIe. (C’est l’une des sources de L’Adonis de La Fontaine, dédié à Fouquet). Poète brillant, le Cavalier, est quasiment le vulgarisateur du concetto, la pointe ou chute galante qui irrite tant Alceste dans le sonnet d’Oronte…

Lire la suite...

dimanche, mai 6 2012

Henning Mankell - Le Fils du vent

Voilà, j’ai terminé Le Fils du vent, avant même l’aube, dans ce train qui s’arrête dans toutes les gares. Dommage, il va  falloir que je le trimballe comme un poids mort, à une heure de lecture près. C’est un très beau roman d’Henning Mankell, qui, malgré la présence d’un meurtre dans le prologue (il y a presque toujours des prologues dans les romans de Mankell), n’a rien d’un polar. Ce serait plutôt une tragédie. Entre le désert du Kalahari et les étendues boueuses de la Suède, c’est l’histoire de Daniel, enfant noir ‘adopté’ par Hans Bengler, un entomologiste suédois plein d’intentions confuses, qui a ramené de sa première expédition au Kalahari - en quête d’une mouche inconnue destinée à assurer sa gloire posthume - cet enfant trouvé dans le désert parmi les membres massacrés de sa tribu. Tout le séjour de Molo devenu Daniel en Suède est raconté à travers le regard de cet enfant habité par la présence et les voix de ses parents morts, par lesquels il essaie de lire la réalité incompréhensible d’un monde placé sous le signe du froid, de la boue, et des désirs interdits par le luthéranisme ambiant. Dans cette fin du XIXe où s’imposent les thèses racistes à la Gobineau, rares sont les hommes – ou les femmes - assez bienveillants pour saisir de quel arrachement, et combien cruel et absurde, Daniel a été victime, et pour tenter de comprendre les silencieux chemins de sa psyché. Si ce n’est que les deux traductrices ont laissé passer une énorme bourde (p 143 : « Peu à peu, l’homme recouvrit son calme » Aargh !!! ‘recouvra’ !) la traduction restitue avec fluidité cette histoire d’incompréhension réciproque entre deux cultures. Combien étroite, étriquée était la faculté de compréhension du monde dit civilisé à l’égard du monde dit sauvage ! De quelle brutalité, de quelle cruauté il était porteur pour le Hottentot ingénu dont Mankell imagine, de façon tellement saisissante, la misérable odyssée. Loin de la causticité de Voltaire, ou de tout militantisme démonstratif, ce roman offre, dans son ultime chapitre, et par son écriture même, une forme de réparation humaniste aux malentendus et aux blessures de l’Histoire.

vendredi, mai 4 2012

Un petit La F', pour la route : Le cochet, le chat et le souriceau

Un souriceau tout jeune, et qui n'avait rien vu,
Fut presque pris au dépourvu.
Voici comme il conta l'aventure à sa mère :
« J'avais franchi les monts qui bornent cet État
Et trottais comme un jeune rat
Qui cherche à se donner carrière,
Lorsque deux animaux m'ont arrêté les yeux :
L'un doux, bénin et gracieux,
Et l'autre turbulent et plein d'inquiétude ;
Il a la voix perçante et rude,
Sur la tête un morceau de chair,
Une sorte de bras dont il s'élève en l'air
Comme pour prendre sa volée,
La queue en panache étalée;»
Or c'était un cochet dont notre souriceau
Fit à sa mère le tableau,
Comme d'un animal venu de l'Amérique.
« Il se battait, dit-il, les flancs avec ses bras,
Faisant tel bruit et tel fracas,
Que moi, qui, grâce aux dieux, de courage me pique,
En ai pris la fuite de peur,
Le maudissant de très bon cœur.
Sans lui j'aurais fait connaissance
Avec cet animal qui m'a semblé si doux :
Il est velouté comme nous,
Marqueté, longue queue, une humble contenance,
Un modeste regard, et pourtant l'œil luisant.
Je le crois fort sympathisant
Avec Messieurs les rats; car il a des oreilles
En figure aux nôtres pareilles.
Je l'allais aborder, quand d'un son plein d'éclat
L'autre m'a fait prendre la fuite.
- Mon fils, dit la souris, ce doucet est un chat,
Qui, sous son minois hypocrite,
Contre toute ta parenté
D'un malin vouloir est porté.
L'autre animal, tout au contraire,
Bien éloigné de nous mal faire,
Servira quelque jour peut-être à nos repas.
Quant au chat, c'est sur nous qu'il fonde sa cuisine.

Garde-toi, tant que tu vivras,
De juger des gens sur la mine.»

Deux Westlake : '361' et 'Surveille tes arrières !'

C’est un Westlake très noir, 361. L’histoire de Ray Kelly, qui à peine démobilisé de son service dans l’aviation, se retrouve très rapidement environné de proches … morts. Quant à lui, le voilà borgne, boiteux, et possédé par une fureur de vengeance meurtrière. Entre fin de la guerre et guerre des gangs, Ray va son chemin chaotique, ponctué de violence, en quête d’un sens à la vie qui est devenue la sienne. C’est un roman de jeunesse, très rythmé, très haché, avec détective privé miteux et honorable, journaliste féru d’histoire du milieu, parrains plus ou moins sur le retour et tueurs à gages, et la quantité de cigarettes et de whisky nécessaire pour donner au roman la couleur noire qui est la sienne. Je l’avais déjà lu, sous le titre antérieur de « L’Assassin de papa » (emprunté sans doute par Marcel Duhamel ? à Georges Fourest  dans sa version sonnet du Cid, « Qu’il est joli garçon l’assassin de papa », c’est la chute du poème), ou peut-être seulement commencé, car je n’avais retenu que certaines scènes du début. Le titre, trop humoristique, ne convenait pas. Mais 361 ? peut-être est-ce une référence aux jeux de cartes, on joue beaucoup aussi, dans ce roman. En tout cas, je n’en ai pas élucidé le mystère.

Un autre. Surveille tes arrières (Watch Your Back) est un Westlake de 2005, et un Dortmunder.

Lire la suite...

lundi, avril 30 2012

Plans de l'aiguille et de lecture

Ce qu’il y avait aussi avec D’Acier dans le paquet qui m’attendait chez Sylvain et Carole : Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson, titre et couverture alléchants, et le numéro 1 d’une  petite revue 12/12 « chantournée » sur papier et reliée de ruban magnétique.

Intitulée L’Aiguille, c’est un hommage à Cendrars dont la trogne et la manche vide sont bellement burinés en noir et blanc sur la couverture. Je n’ai pas lu Le Plan de l’aiguille, vers quoi s’oriente ma boussole de lectrice. J’ai laissé L’Aiguille à la maison, fragile. Et il est bon que les vagabondages créatifs s’attachent aux pas de Blaise, qui a, somme toute, bon nombre de lecteurs passionnés.

Comme L’Odyssée Cendrars, de Patrice Delbourg, papou, que j’ai lue aussi, en décembre dernier. Un Cendrars alphabétique à la rythmique cendrarsienne, ponctué de calembours.

Et encore une photo de L’Ange de N.D, que vous n’avez pas assez admiré.  

       

samedi, avril 28 2012

Beaux livres

Une balade au L.A.M de Villeneuve d’Ascq nous a permis entre autres de découvrir à la bibliothèque de ces beaux livres – d’artistes, ou de dialogue, selon le terme d’Yves Peyré -. Moment de merveilles, devant ces livres qui sont comme les manuscrits enluminés des XIXe et XXe siècles.

« Le livre est si bien fait pour être orné ; il porte avec tant de bonheur toutes les élégances ! Eh ! quelle merveille, après tout, un bel exemplaire d'une bonne édition qui représente un chef-d’œuvre de l'esprit humain ! Quelle joie et quelle fête à le tenir dans ses mains, tremblantes d'une émotion ineffable ! On le regarde, on le contemple, on le retourne, on l'ouvre enfin, et voilà que soudain le véritable amateur, grâce au livre, entre en des ravissements infinis. »


Comme Verlaine, illustré par Bonnard. Des lithographies sépia, qui donnent le sentiment d'avoir été tracées par le peintre sur les pages mêmes du livre.


Ou encore l'inventivité graphique et typographique étourdissante de La Fin du monde filmée par l'ange de Notre-Dame de Cendrars (auteur et éditeur, à La Sirène) et Léger.


vendredi, avril 27 2012

Cinq ans...

Alexandre Zinoviev - Portrait de monsieur Fontainas, détail.
Roubaix, Musée de la Piscine.

Et voici des affiches, du rouge du vert multicolores comme mon passé bref du jaune
Jaune la fière couleur des romans de France à l'étranger...

jeudi, avril 26 2012

Autre madeleine...

Non qu’il soit dans mes habitudes de commenter la littérature dite « jeunesse ». Mais j’ai repris hier soir avant de m’endormir sur l’étagère de ma nièce un des bouquins que j’ai lus et relus dans mon enfance : Daddy-long-legs, de Jean Webster. A l’époque, c’était dans un volume relié de toile avec la silhouette dégingandée du héros éponyme sur la couverture, et le titre en était « Papa Faucheux », car en anglais « daddy-long-legs » est le nom de cette araignée aux immenses pattes fines. Aujourd’hui, on le traduit par « Papa-longues-jambes » et j’aime moins, car on y perd l’araignée. C’est essentiellement un roman épistolaire, à tel point que j’avais oublié que le premier chapitre en était narratif. C’est pourtant dans ce premier chapitre que l’on rencontre Jerusha Abbott, l’aînée des enfants de l’orphelinat John Grier, vêtue de sa robe de guinguan à carreaux. Le guinguan est devenu du vichy dans la nouvelle traduction Folio junior, je suis très déçue, même si ça ressemble, au fond. Le guinguan à carreaux fait partie de ma mythologie de lectrice.

Bref, ce roman est constitué de la correspondance à sens unique de Jérusha devenue par choix Judy, adressée à son bienfaiteur Mr John Smith, qui lui a offert d’entrer à l’Université, afin qu’elle puisse y cultiver son talent pour l’écriture. Seule condition, écrire une lettre par mois à son bienfaiteur pour lui rendre compte de ses études. Judy a beaucoup de verve et d’impertinence, et elle baptise incontinent son bienfaiteur plus qu’anonyme ‘papa Faucheux’ à cause de l’immense silhouette dégingandée qu’elle a aperçue au moment de son départ de l’orphelinat. C’est une chronique pleine d’allant de la vie d’un collège de filles aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle ou au tout début du XXe, et une très jolie histoire sentimentale. Une histoire d’émancipation par l’écriture.

Quant à Jean Webster, l’autrice, issue de trois générations de femmes militantes (pour les droits des femmes, ou des Noirs) et petite-nièce de Mark Twain dont son père fut l’éditeur avant que leurs relations ne se rompent et qu’il finisse par se suicider, elle a mené à son tour une vie engagée dans des luttes pour les femmes, les orphelins, les prisonniers, avant d’épouser en 1915 un homme divorcé, et de mourir, un an après son mariage, à la naissance de sa fille, de fièvre puerpérale. Une très belle femme, sur la photo Wikipedia. Et un roman à découvrir. Il y a une suite, d’ailleurs, Dear Ennemy, disponible ici sur le project Gutenberg.

lundi, avril 23 2012

Silvia Avallone - D'acier / Acciaio

Le sentiment qui m’a saisie, dès les premières pages, de lire un livre brillant, inspiré, saisissant. Avec la joie qui l’accompagne, et qui ne se dément pas, au fil des presque 400 pages. C’est D’acier (Acciaio), de Silvia Avallone, chez Liana Levi.

 Entre les barres sinistrement soviétiques et délabrées de leur immeuble au 7, via Stalingrado, et la plage de l’autre côté de la route, où elles jouent et nagent à corps perdu en cet été 2001, deux filles de treize ans, presque quatorze, quittent l’enfance. Leurs corps brusquement éclos à la féminité deviennent si désirables qu’elles ne peuvent qu’en jouer, cibles incandescentes pour tous les mâles, jeunes ou vieux, de la cité et de la plage. C’est Piombino, au bord de la mer Tyrrhénienne, avec au loin, à une heure de brasses, l’île d’Elbe comme le lieu inaccessible de la beauté, de la richesse, luxe, calme et volupté.

Il y a Francesca la blonde, saisie dès la première page dans la visée des jumelles de son père écumant de fureur jalouse, et Anna la brune, la bouclée, qui va entrer au lycée classique, latin et grec, alors que son amie est brouillée avec les études. Toutes deux habitées par la grâce, la beauté et l’insolence (rien à voir avec les deux donzelles figées de la couverture !). Et au-dessus de leurs vies comme de celles de tous les leurs, la fonderie d’acier Lucchini, monstre dégradé et pourtant tout puissant dont la haute cheminée, la Ufa 4, domine la ville, et en dévore et digère toute la jeunesse. Hommes asservis par la fonderie, femmes soumises et résignées, jeunesse éperdue de shoots, d’alcool, de sexe, de brutalité et de vitesse, pour se sentir vivre. Quant au décor, il est lui aussi dévasté par l’aciérie, sol saturé d’acier et infertile, pullulement de chats mutants, faméliques, nés borgnes ou sans queue, décharges un peu partout et terrains vagues où l’on se forge un mini paradis terrestre, où l’on se dérobe aux yeux des autres. Ce qui pousse l’intrigue en avant, c’est la rage de vivre des plus jeunes, seule résistance encore vivace dans la désintégration économique et politique de la région et de l’Italie tout entière. C’est aussi l’amitié intense, ambiguë, qui unit – puis sépare – les deux filles.

Lire la suite...

Philéas Lebesgue - Le Sang de l'autre

J’ai dû il y a peu me pencher sur l’œuvre poétique de Philéas Lebesgue, poète picard et paysan, né en 1869, mort en 1958, exceptionnelle longévité à l’origine d’une œuvre poétique très abondante, (environ 1600 poèmes et chansons, trente-sept recueils !), mais aussi d’un drames, de romans, et d’une vaste collection d’articles critiques consacrés pour la plupart à des collègues étrangers, puisque Philéas Lebesgue fut très tôt un collaborateur assidu du Mercure de France de Vallette et Rachilde pour les littératures étrangères.  Je n’en dirais pas plus, l’article de wikipédia à son sujet étant parfaitement documenté. Après une conférence de M. François Beauvy, j’ai acheté Le Sang de l’autre, roman médiéval d’inspiration symboliste, publié en 1901.

Je l’ai lu, intégralement. Sans passion aucune, mais avec curiosité. Le pays de Bray, terre natale et nourricière de Philéas Lebesgue, aux alentours de Beauvais, en est le cadre avec ses châteaux, ses ruines, ses souterrains, ses vallées et ses collines. Mais les personnages, dont certains authentiquement historiques, habités par des passions intenses et sous le coup de fatalités très antiques, en sont trop désincarnés, trop théoriques, pour susciter un intérêt autre que purement intellectuel. Le fil narratif est lâche et manque de cohérence. Il en reste, sur deux générations, une histoire d’incestes fraternels. Expression, sans doute, des préoccupations obscures d’une âme tourmentée. Ça a, en moins bien, un petit côté Pelléas et Mélisande. Les jeunes filles s’appellent Blanche, Aloyse devenue Marie, et Eve. Les messieurs Foulques de Nointel et Maxime, ex-Moÿse-bossu redressé par les sorcelleries du nègre Ismaël… il y a quelques moments poétiques, une langue riche parfois trop fleurie, et une lueur d’espoir à la fin, sur la côte bretonne.

Lire la suite...

mardi, avril 17 2012

Echappée belle nocturne, par printemps pluvieux.

A Mélie, sans mélo, est un petit roman – du genre ‘à peine ouvert, à peine achevé’, by night – souriant et généreux. Vite troussée, très (trop ?) dialoguée, très ‘montée’ en brèves scènes, cette fantaisie allègre réunit autour de la chaleureuse Mélie et de sa petite fille la brune Clara une guirlande de personnages effervescents et brouillons, liés entre eux à la fois par leurs histoires passées et présentes et par un fervent humanisme. Un été plein d’amour dans la campagne française, conté par Barbara Constantine.
Mais le tandem dessiné sur  la couverture n’a ni rayons ni chaîne ! peut-être, d’emblée, comme un appel au bricoleux Marcel, le vieux passé du fauteuil roulant au vélo…

mardi, avril 10 2012

McEwan, ça faisait longtemps

Un nouveau McEwan est sur le point de paraître, fin août, en Angleterre.  Une histoire d’espionnage, de littérature et d’amour. Sweet Tooth en est le titre. Bec Sucré ? un rapide coup d’œil au dictionnaire ne confirme pas l’existence en français de cette expression, qui pour moi va de soi. On verra bien et je ne sais pas si je vais attendre la traduction - au moins un an - quoique je ne sache pas non plus si je suis capable de lire McEwan en anglais. Wait and see, la perspective est en tout cas vivifiante.

Camilleri, un autre

La peur de Montalbano - oui, c’est bien le titre, en italien aussi -  c’est, plutôt qu’un roman, quatre nouvelles juxtaposées. Pas mal, mais pas non plus de quoi fouetter un chat. Et puis, peut-être est-ce le style sui generis de Camilleri, mais si j’ai goûté dans d’autres textes les traductions-transpositions de Quadruppani, celle-ci m’a fait tiquer, comme trop envahissante. Ça grippe la lecture. Et encore : à force d’éloignement, Livia finit par perdre toute consistance, ou par virer à la mégère, c’est dommage ! et Salvo’ Montalbano se pastiche lui-même. Mmmm. J’ai mieux aimé Le Ciel volé, sans Montalbano, ni sicilien reconstitué. Sans prétention, en somme.

lundi, avril 9 2012

Andrea Camilleri - Le Ciel volé

Le Ciel volé, d’Andrea Camilleri - aperçu au détour d’un rayon de la bibliothèque municipale, comme je cherchais autre chose à me mettre sous la dent que les volumes empruntés pour travailler les Bucoliques de Virgile au programme des Terminales latinistes - est un petit livre parfait en période de coup de bourre, aussitôt commencé, aussitôt achevé. Ou comment l’auteur élabore avec astuce, autour d’un petit mystère sicilien de la vie de Renoir, Auguste soi-même, une historiette policière vivement troussée. Resterait-il des traces d’un hypothétique séjour du peintre à Agrigente, évoqué par son fils, mais absent de l’œuvre ? C’est le sujet d’une correspondance bientôt passionnée adressée par le vieux notaire sicilien Michele Riotta à la belle et mystérieuse Alma Corradi. S’ensuit un second mystère, dont je ne vous dirai rien. Il y en a pour une petite centaine de pages et quelques reproductions, et l’on s’endort, la Sicile et Renoir en tête, avec quelques fragments quasi abstraits de paysages réels ou disparus. Publié chez Skira en 2009, aussitôt traduit avec talent par Dominique Vittoz en 2010, chez Fayard.

mardi, avril 3 2012

Hector Malot - 'En famille', dans les marais picards

Un des livres qui a le plus fait rêver mon enfance. C’est une robinsonnade, au féminin. Je me demande pourquoi on ne l’étudie plus jamais, comme d’autres auteurs pour l’enfance du XIXe. Pourtant, la  langue en est riche et belle, sans être précieuse, et les sujets traités ne sont que discrètement édifiants. Pour l’héroïne d’En Famille, Perrine - du nom de la petite-fille d’Hector Malot m’apprend wikipedia - elle est métisse de brahmane (certes pas d’intouchable, mais quand même) et de picard, elle doit se débrouiller dans la vie grâce à son inventivité et à sa vitalité, et elle en voit des vertes et des pas mûres. Quant au complexe industriel de Vulfran Paindavoine (le nom m’était resté comme au temps de mes premières lectures), il tient plus à la fin du Familistère de Godin que des usines Saint Frères me semble-t-il.

Bref, j’aime ce livre, et voici le premier séjour de Perrine dans son « aumuche », après une nuit étouffante et malsaine dans une « chambrée » d’ouvrières de la mère Françoise, à Maraucourt, le nom romanesque de Flixecourt.

« L’aumuche était de forme carrée et toute tapissée jusqu’au toit d’un épais revêtement de roseaux et de grandes herbes : aux quatre faces étaient percées des petites ouvertures invisibles du dehors, mais qui donnaient des vues sur les entours et laissaient aussi pénétrer la lumière ; sur le sol était étendue une épaisse couche de fougères ; dans un coin un billot fait d’un troc d’arbre servait de chaise.

Ah ! le joli nid ! qu’il ressemblait peu à la chambre qu’elle venait de quitter. Comme elle eût été mieux là pour dormir, en bon air, tranquille, couchée dans la fougère, sans autres bruits que ceux du feuillage et des eaux, plutôt qu’entre les draps si durs de Mme Françoise, au milieu des cris de la Noyelle, et de ses camarades, dans cette atmosphère horrible dont l’odeur toujours persistante la poursuivait en lui soulevant le cœur.

Elle s’allongea sur la fougère, et se tassa dans un coin contre la moelleuse paroi des roseaux en fermant les yeux. Mais, comme elle ne tarda pas à se sentir gagnée par un doux engourdissement, elle se remit sur ses jambes, car il ne lui était pas permis de s’endormir tout à fait, de peur de ne pas s’éveiller avant l’entrée aux ateliers.

Maintenant le soleil était levé, et, par l’ouverture exposée à l’orient, un rayon d’or entrait dans l’aumuche qu’il illuminait ; au dehors les oiseaux chantaient, et autour de l’îlot, sur l’étang, dans les roseaux, sur les branches des saules se faisait entendre une confusion de bruits, de murmures, de sifflements, de cris qui annonçaient l’éveil à la vie de toutes les bêtes de la tourbière.

Elle mit la tête à une ouverture et vit ces bêtes s’ébattre autour de l’aumuche en pleine sécurité : dans les roseaux, des libellules voletaient de çà et de là ; le long des rives, des oiseaux piquaient de leurs becs la terre humide pour saisir des vers, et, sur l’étang couvert d’une buée légère, une sarcelle d’un brun cendré, plus mignonne que les canes domestiques, nageait entourée de ses petits qu’elle tâchait de maintenir près d’elle par des appels incessants, mais sans y parvenir, car ils s’échappaient pour s’élancer à travers les nénuphars fleuris où ils s’empêtraient, à la poursuite de tous les insectes qui passaient à leur portée. Tout à coup un rayon bleu rapide comme un éclair l’éblouit, et ce fut seulement après qu’il eut disparu qu’elle comprit que c’était un martin-pêcheur qui venait de traverser l’étang.

Longtemps, sans un mouvement qui, en trahissant sa présence, aurait fait envoler tout ce monde de la prairie, elle resta à sa fenêtre, à le regarder. Comme tout cela était joli dans cette fraîche lumière, gai, vivant, amusant, nouveau à ses yeux, assez féerique pour qu’elle se demandât si cette île avec sa hutte n’était point une petite arche de Noé. »

Malot a été le patient soutien et le relais de Vallès auprès des éditeurs pendant l’exil londonien du journaliste après la Commune. C’est lui qui a fait éditer L’Enfant. Séverine l’appelait semble-t-il Malot la probité, ce qui est un beau nom. J’ai plaisir ce soir à l’évoquer et à le citer.

dimanche, avril 1 2012

Livres...

Aujourd'hui est un triste jour pour les lecteurs et surtout pour les libraires, et ce n'est pas, hélas ! un poisson d'avril. Le prix des livres, soumis à la TVA, augmente. On en est consternés.

La nature morte au livre est de Laura Roucou, élève d’Agnès Guesdon au lycée Lamarck.

Petite entorse du dimanche

Rêve d’amour de Laurence Tardieu, très vite lu au soleil sur le canapé, avec le printemps devant et derrière la vitre. Et un sentiment mitigé de sympathie et d’agacement. Agacement, à cause de l’« omniprésent » du style, et d’une mitraille de questions brèves, sorte de monologue intérieur de l’héroïne bouleversée, que je ne pouvais m’empêcher d’entendre avec la voix insupportablement enfantine de Camille Laurens dévidant des kyrielles de questions niaises à un amant vouvoyé et forcément indifférent ou exaspéré devant une telle avalanche de sentimentalisme. Non que le roman de Laurence Tardieu le soit. C’est le procédé qui a fait écho.

L’héroïne est une jeune femme perdue, éperdue, après la mort de son père, qui l’a aussi privée de tout souvenir possible de sa mère, disparue dans sa petite enfance. Quête donc, d’une présence oubliée devenue insupportable absence, réduite à une silhouette bleue. Il y a des passages sensibles et justes. Mais l’ensemble est un peu rapide. Comme ébauché, puis éludé. Et puis, il y a une baignade à Marseille, sans que rien n’évoque Marseille, alors pourquoi ? Après Giono, c’était frustrant.

samedi, mars 31 2012

Marseille, Giono

Pour qui regarde avec les yeux de la foi, Notre-Dame-de-la-Garde est tout au fond, contre le ciel. C'est Marseille vu d'Allauch, début mars.

Mon Marseille est bien postérieur à celui évoqué par Giono. Mais pour moi qui ai habité sous « la hanche de Notre-Dame-de-la-Garde », le texte qui suit, extrait du chapitre I de Mort d’un personnage, réveille avec une acuité éblouissante le souvenir de la ville. Aujourd’hui, il y a dans le quartier évoqué par Giono - selon un itinéraire passablement excentrique, me semble-t-il - essentiellement des commerces de luxe, mais qu’importe. Dans cette merveille de prose olfactive bat le cœur vif de la ville.

« Mais, à sept heures précises, quand nous sortions de la maison, c’était le matin sur la mer, par-delà les rochers blêmes et trois cyprès.(…) Par-dessus les collines de l’Estaque fumaient les poussières de la Crau. Un des cyprès, le plus long, s’en allait à travers la mer jusqu’à Planier. Mais, à partir de là, sous les premiers rayons du soleil glissant à travers les falaises de Cassis, le large était d’une eau entièrement nue.

« Pauvre fille » était très sensible à la liberté. Elle n’avait que ça en tête. « Allons », disait-elle. J’avais chaque fois l’espoir que c’était pour poser notre premier pied sur le rocher, notre second sur le cyprès, notre troisième dans le bleu du large, notre quatrième de l’autre côté où le monde verdoie. Car nous ne formions plus, elle et moi, qu’un seul quadrupède libre. Mais c’était pour prendre simplement une de ces sept ruelles en escalier qui descendaient dans Marseille, noire de ses fumées. Nous nous vengions en dévalant à toute vitesse les larges marches ; j’aimais beaucoup les jupes de « Pauvre fille » qui faisaient un bruit d’ailes. C’était l’heure où circulaient les premiers omnibus. Des nuées de moineaux tombaient des arbres du cours Notre-Dame et venaient voleter jusque sous la queue des chevaux. On rencontrait le ferblantier en chapeau melon, avec sa boîte d’herboriste pendue à l’épaule. Sous ses fumées, la ville était bleue et elle grondait doucement derrière ses fenêtres.

Lire la suite...

Linn Ullmann - Je suis un ange venu du nord

Je suis un ange venu du nord, de Linn Ullmann, est un assez beau roman. Par un hiver enneigé, le trajet, intérieur et géographique, de trois demi-sœurs, Erika, Laura et Molly, pour rejoindre à Hammarsö, dans la maison de tous leurs étés délaissée depuis vingt-cinq ans, leur vieux père. Parce qu’« il y a un air d’épilogue dans tout ça »… parce qu’il faut le revoir, et affronter un passé encore à vif, avant qu’il ne meure. Il y a trois parties, « la route », « la colonie », « été et hiver », qui correspondent au chemin de chacune des sœurs. Entre le présent et diverses strates de passé, les personnages sont attachants, vivants, bien campés. L’île aussi, avec ses bois et ses plages, qui sont le décor des jeux, sensuels ou cruels, de l’enfance. Mais on voit venir de loin autour de quel absent et de quel secret tourne la souffrance des trois sœurs, même si l’on ne s’attend pas à la cruauté de la scène qui a réuni dans le secret - et séparé - le père et les filles. Autre gêne, je ne sais pas si c’est un fait de langue, ou un effet de style, mais la litanie des prénoms répétés à la place de pronoms personnels a enrayé la fluidité de ma lecture.

Le second film de Bergman que j’aie vu, encore adolescente, c’était A travers le miroir. Île, père despotique, séducteur et absent, relations passionnées entre un frère et une sœur désemparés, j’ai souvent pensé à ce film (qui est de 61, cinq ans avant la naissance de la romancière, fille de Liv Ulmann et de Bergman) en lisant ce roman, marqué, me semble-t-il, par la patte et la présence du père, mais avec une légèreté et un souci de la rémission qui l’éclairent d’une plus clémente lumière.

dimanche, mars 25 2012

Agus, Thuy

Soizic, à qui je l'avais confié, est allée me faire dédicacer Mal di Pietre au Salon du Livre dimanche dernier. Merci Soizic! Elle a trouvé une autrice solitaire, et qui ne parlait ni français ni anglais. Soizic ne parle pas italien... La conversation a été vite tarie. Dommage ! Moi, j'étais passée au stand Liana Levi le vendredi soir à la fermeture, mais Milena Agus, c'était le lendemain... Le vendredi, c'était Kim Thuy, que je n'ai pas plus vue, d'ailleurs. Adossé aux grilles de l'escalier, en déséquilibre sur deux marches, indifférent au flot montant et descendant des voyageurs, un monsieur asiatique d'âge mûr était plongé dans la version poche de Ru, son petit livre, vendredi soir à Cambronne. Avant-hier, quoi.

samedi, mars 24 2012

24 mars

Je n’ai guère eu le temps de passer par ici, ces derniers jours, malgré le jaillissement du printemps en fleurs à travers villes et campagnes, malgré la douceur de l’air. C’est à peine si j’ai lu (Le Misanthrope, encore, et des articles autour). Mais voici  que depuis jeudi les livres me rattrapent.

Il y a des jours bienheureux, où, comme ce midi, votre boîte-aux-lettres vous réserve des surprises rectangulaires, enveloppées de bulles protectrices, emballées de joli papier rose et vert – ou pas. Où ce sont vos amies qui décident de ce que vous allez lire (quand ???), en allant dénicher de petits trésors du côté de vos lieux de prédilection, les Cévennes, délaissées depuis deux ans, les dicos, toujours fertiles en découvertes. Merci Anne, Zaza, Odile.

Il y a eu aussi, jeudi, la rencontre avec des auteurs, qui, à la fin de la journée, ont si bellement évoqué ensemble le travail de l’écriture, sa gestation pendant, par exemple, un nécessaire ennui, son surgissement, ou au contraire, le constant retravail qu’elle exige. Le « gueuloir », intérieur ou non, toujours - merci Gustave, pour la formule et pour la pratique. Il y avait Cathy Ytak et ses phrases lyriques, intenses, vocales (Rien que ta peau), Denis Lachaud qui parle si bellement, sans jamais de clichés verbaux, et qui a lu des fragments d’une sorte de drame intime, intérieur, L’Une, et Sylvain Levey, caustique, rageur, sincère, et dont j’ai lu Costa le rouge, hommage à un grand-père. Auteurs jeunesse, que je ne lis guère d’ordinaire, et dont le propos, le travail, la langue sont ceux de tout écrivain visant à la justesse – tous l’ont dit. Il y avait Michel Azama, aussi, dont j’ai avalé en une semaine une dizaine de ses pièces si intenses, à la langue ardente et aux personnages paroxystiques, entre mythes et Histoire d’autrefois, et soubresauts du monde d’aujourd’hui. Un homme aigu et chaleureux. Beaucoup de livres, finalement, quand on y pense. Et puis je suis enfin retournée à la bibliothèque. Où j’ai emprunté pour raisons de proximité géographique sur les rayons Laurence Tardieu – ici recommandée un jour par une lectrice de passage -, elle est marseillaise, Linn Ulmann, pour voir, et l’ultime Trollope disponible à l’emprunt, Le Château du Prince de Polignac, minuscule opus récemment extrait par l’Herne d’un volume de Tales of all countries. Amusante bluette malicieuse entre une veuve anglaise de trente-six ans et un aimable Français sub quinquagénaire, en la bonne ville du Puy-en-Velay très pittoresquement décrite. Mais pourquoi avoir donné au soupirant français en gants beurre frais le nom d’un prêcheur dominicain ? et puis, 48 pages format 'carnet' (c’est le nom de la collection), certes en joli papier et en Garamond bleu, pour 9€50!!! C’est exorbitant.


Puis-je prouver que je ne suis pas un escargot ? certain jeudi matin où je partis en retard au lycée, oui. Où j’y arrivai encore plus en retard, après entrevue passablement fâcheuse avec des messieurs en képi. Qui s’étaient embusqués, équipés d’un appareil puissant, sur la petite route qui descend vers Sailly Laurette. Bilan, ponction non moins fâcheuse sur certain document rose dont il est bien difficile de se passer quand on vit à la campagne. Ce qu’à Dieu ne plaise, et que Saint Christophe me protège…

lundi, mars 12 2012

Mademoiselle ?

Continuons en mode réac-et-ringard. La disparition officielle des mots, ça me met toujours très mal à l’aise. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’ils ressortiront, ailleurs, sous forme d’actes, de non-dits, de frustrations, en pire. Et j’ai beaucoup de mal à croire à la philanthropie de l’administration. Aussi ai-je adoré la charmante chronique de François Morel, vendredi, au volant sur les routes du « Garlaban couronné de chèvres » et piqué d’amandiers en fleurs. On peut l’écouter, ici. Apparemment, elle a suscité moult réactions foudroyantes.

Voici ce que dit de « mademoiselle » la première entrée du CNRTL : 

« I.

A. − Vx. [Titre employé pour désigner toute femme mariée qui n'était pas noble ou qui était noble mais non titrée ou pour s'adresser à elle] Dans cette pièce se tenaient le respectable bourgeois et sa femme, mademoiselle Lecamus (Balzac, Martyr calviniste, 1841, p. 58).On l'appelle mademoiselle, quoiqu'elle ait été mariée. Le nom de dame était encore réservé aux femmes nobles (Michelet, Insecte, 1857, p. 395).Le 19 janvier 1664, MlleMolière, la femme du poète, mit au monde un garçon (A. France, Génie lat., 1909, p. 126):

1. À Beaune, les premiers fidèles se recrutèrent parmi la noblesse...; à Dijon, parmi la noblesse et les gens de robe..., «M. Bossuet, conseiller au parlement et mllesa femme.»..., et ailleurs...» ... C'était le temps où les Espagnols menaçaient la frontière de Bourgogne (1636-1637). Bremond, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 545.

Fam. Mon Dieu! que vous êtes grosse! Moi qui vous ai vue comme un jonc, maintenant vous me paraissez une des tours de Notre-Dame. Ah, mamselle Sophie! qu'avez-vous fait là? Que monsieur votre mari ne s'attende pas à mes compliments pour vous avoir mise dans ce bel état (Courier, Lettres Fr. et Ital., 1825, p. 735).

La dernière citation est gratinée ^^…

Rem. S'emploie dans le milieu du théâtre (et parfois du cinéma) pour désigner une actrice, même mariée, notamment une sociétaire de la Comédie-Française ou pour s'adresser à elle. »

Quelles femmes plus libres que les actrices ?

Et pour finir, un air de Nougaro :

J'avais rêvé d'un couple dont je sois l'Il, toi l'Elle
Imaginé une île amoureuse d'une aile
Et l'aile s'est posée sur ma lèvre de sel
Et nous voici cloués à l'Être universel

Oui, celle qu'on attend tous, nos rêves unis vers elle,
La voici à mon bras, l'infinie demoiselle
Et je nous vois, jeunes, en croix, pâmés, cieux
Et je nous vois jeunes, en croix, pâmés, cieux..

Mais, même en te voyant dans mon nid, hirondelle
Mais même en te voyant j'ai peur et je t'appelle
Par ton vrai nom traduit de la langue de Dieu
Mademoiselle-Je-n’en-crois-pas-mes-yeux…

A écouter par soi-même, car je n’en trouve pas de trace sur la toile, et je n’en ai qu’une très antique version en disque vinyle : « Femmes et famines » - que j'écoutais en boucle dans mes jeunes années de demoiselle.

dimanche, mars 11 2012

Agus, Ôé, ou le Salon du livre, en mode grognon

Aaaarghhh ! l’année dernière, je suis allée au salon du livre à cause de / grâce à Jørn Riel, interviewé par Josyane Savigneau. Ce fut un naufrage. Et voilà que cette année, il y aura Milena Agus ! pour l’adaptation par Nicole Garcia de Mal de Pierres. Mais c’est à midi et demi. L’heure où les Papous seront sur la grande scène (avec 200 sièges ! ça changera du studio bruyant ouvert à tous les échos où l’on squattait debout).

Je n’irai pas, je crois. Tant pis. J’écouterai les Papous de la maison, et pour Milena, si on la trouve sur la toile, tant mieux. Sinon, tant pis. L’année dernière, je n’ai jamais trouvé l’interview de Riel (elle n’a pas l’air d’être dans les podcasts), vous me direz, ce n’était pas une perte. Quant au programme du Salon, je le trouve confus à souhait, comme le fond sonore où l’on y baigne. Si vous cherchez Agus par le moteur de recherche, bon courage, et par le programme, vous avez intérêt à connaître le nom de l’intervieweuse, paske rien à Agus ni à Milena…

Il y aura aussi Mathieu Belezi, dont j’ai haï C’était notre terre, Beigbeder, qui n’arrive pas à éveiller le moindre intérêt chez moi, Laure Adler, grande prêtresse de la féminitude libérée (et éradicatrice des Décraqués, et de l’exquis Bertrand Jérôme, l’été 2004, honnie soit-elle à tout jamais ! Sa voix de papier de verre bobo sur toutes les ondes !!!). Il y aura aussi plein d’auteurs russes, dont j’ignore tout, autant les découvrir paisiblement chez le libraire, ou à la bibli. Et de japonais(es) itou. Parmi lesquels Kenzaburô Oé, prix Nobel, interviewé, oh mon dieu, par Josy soi-même. Aura-t-elle relu cette fois plus de quatre de ses romans ? peut-être, un prix Nobel, c’est mieux qu’un chasseur.

Adoncques, « Le Salon du livre, je n’y vais pas », c’est décidé. Quant à vous, si vous ne l’avez fait, lisez Agus !

 

dimanche, février 26 2012

Un peu de vaudeville littéraire

Je relisais dans la bio-pavé de Jean-Marc Hovasse (que je n’ai toujours pas rendue à Aurélie A., croisée par hasard il y a deux ans, et plus depuis. Aurélie ? ça doit faire six ans que tu me l’as prêtée !!!) l’épisode des amours adultères de Victor Hugo avec Léonie Biard, amours surprises par huissier (le 5 juillet 1845 au matin ? le 3 au soir ?) à la requête du mari. En cette année qui suit la mort de Léopoldine, le poète, devenu pair de France, rôle qu’il assumait avec le plus grand sérieux, avait alors trois ménages : le foyer conjugal, place des Vosges, aujourd’hui Maison de Victor Hugo, le foyer de la maîtresse ‘‘officielle’’, Juliette Drouet, 12 rue Saint Anastase (IIIe arrondissement, métro Saint Sébastien) et une chambre du passage Saint Roch (Ier arrondissement, métro Pyramides). Les deux premiers étaient très proches, le troisième à environ 3/4h d’heure à pied. 
Léonie était une toute jeune femme devenue, à peine sortie du couvent ou à peu près, la maîtresse, puis l’épouse d’un « peintre quasi officiel de la monarchie de Juillet », Auguste-François Biard, prolifique auteur de croûtes. Hugo, qui l’aurait rencontrée en 1841 « J’avais trente-neuf ans quand je vis cette femme./De son regard plein d’ombre il sortit une flamme,/Et je l’aimai. (Océan, fragment) », devint son amant au printemps de 1844, et la liaison dura jusqu’à l’exil, où Juliette prit le parti de Victor (et fit suivre sa malle aux manuscrits en Belgique), et Léonie se rangea du côté du pouvoir. C’est donc l’Histoire avec sa grande hache qui se chargea de trancher ce nœud gordien conjugal et adultère.

Mais revenons à l’épisode. Protégé par son titre de pair, Hugo ne fut pas inquiété. Léonie, quant à elle, fut d’abord « incarcérée à Saint Lazare, maison d’arrêt pour prostituées et femmes adultères », puis condamnée à trois mois d’emprisonnement dans une maison de correction, dans deux couvents successifs, en l’occurrence. La loi était dure avec  la « femme tombée ». Si la presse se fit l’écho de l’épisode avec une discrétion – ou une publicité – relative, c’est Balzac qui, dans La Cousine Bette, donna à l’épisode une ironique transposition littéraire. En scène, le baron Hulot et l’infâme Valérie Marneffe.

Lire la suite...

La Comtesse de ricotta

La Comtesse de ricotta, de Milena Agus, - que j'ai chroniquée il y a un peu plus d'un an -, c'est pour bientôt. On peut en lire le premier chapitre ici sur le site des éditions Liana Levi. La traduction est de Françoise Brun.

- page 1 de 17