Il faut que je l’avoue : je suis balzacolâtre,
Par Agnès Orosco le jeudi, septembre 20 2007, 19:11 - Littératures française et francophones - Lien permanent
À ceux qui se borneraient aux grands romans, je recommande les nouvelles. Il y en a d’extraordinaires. À commencer par la somptueuse Fille aux yeux d’or, qui s’ouvre par une magistrale digression sur Paris comme lieu des neuf cercles de l’enfer (vous avez dit Comédie Humaine ?) et met en scène une aventure de Du Marsay avec une magnifique créature quasi réduite en esclavage d’amour par un personnage mystérieux qui se révèle à la fin – combien sanglante et noire – être une femme, encore ne dis-je pas tout. Mais aussi et pêle-mêle, Une fille d’Eve, où Félix de Vandenesse le dandy, l’amant de Mme de Morsauf et de Nathalie de Manerville s’est rangé en mari attentif d’une jeune Marie-Angélique qu’il va devoir tirer en tout bien tout honneur des griffes malpropres de Nathan, ou
C’est l’avoué Derville qui conte, un soir au coin d’un feu, dans un hôtel du très aristocratique Faubourg Saint Germain. Il y ressuscite l’inquiétante et pâle figure de l’usurier Gobseck, né en 1740, ancien forban des mers devenu l’immobile basilic qui tient dans ses filets et son regard tout ce que Paris compte de gens saisis à la gorge par le manque d’argent, sorte de grand prêtre de l’OR, l'instrument ultime de la toute-puissance dans un univers où rien d’autre n’est stable. Parmi « ses victimes – qu’il appelait ses clients », dit Derville – une certaine Anastasie de Restaud et son amant, Maxime de Trailles au nom sardonique. C’est l’occasion de rejouer sous un autre angle l’intrigue du Père Goriot. Comme un puzzle, où d’un texte à l’autre les scènes s’emboîteraient, ou une galerie de miroirs aux reflets mêlés et multiples. C’est saisissant. Outre le tour de force éminemment balzacien qui consiste à faire d’un « fidéicommis» le quasi héros du dénouement, il y a des scènes particulièrement effrayantes : lisez le récit de l’agonie et de la « veillée funèbre » du Comte de Restaud. Comme mise en scène des désastres de la passion, des passions, ça n’a pas pris une ride, c’est glaçant. Le prétexte de la nouvelle a beau être une charmante idylle juvénile encouragée par le bienveillant avoué, il est difficile de se déprendre de ce texte magistral où rayonne froidement la figure de l’usurier démiurge, Vautrin engourdi, autre « affreux du miroir » où se projette Balzac lui-même.
Une mine, le site de la Maison de Balzac, à Paris.
Commentaires
It is. www.paris-france.org/MUSE...
Sur ce site on trouve beaucoup de textes de Balzac, dont "les contes drolatiques" , illustrés très brillamment par Gustave Doré (c'est un fichier assez lourd à télécharger) :
www.livrespourtous.com/
(faire une recherche par auteur, ou via le moteur de recherche)
Peut-être chère Agnès, pourrez-vous nous en dire un peu plus.
Je ne l'ai pas encore lu, et je ne sais pas si j'aurai le courage de le faire à l'écran (il y a plus de 600 pages en vieux français !?? à la manière de Rabelais) mais c'est tout de même une curiosité qui vaut le détour.
Pendant des années j'ai cherché ce texte et ses illustrations, mais ne trouvant rien j'imaginais un petit ouvrage sans conséquence ; mais au vu de la quantité de contes et d'images réalisées pour l'illustrer, on dirait bien qu'il n'en est rien.