Boris Razon - Palladium

J'ai rendu tout de suite après lecture Palladium de Boris Razon, extrêmement prisé par les élèves. Les vacances approchant, il fallait que « ça tourne ». Ma lecture date donc déjà d'une bonne quinzaine de jours, et j'ai beaucoup lu depuis. Que l'auteur et mes lecteurs veuillent bien me pardonner mes approximations.

Après lecture, il y a bien des questions que je regrette de ne pas avoir posées à Boris Razon, parce que je n'avais pas lu son roman, ce jeudi-là à Lille, lorsque je l'ai écouté s'entretenir avec les lycéens. Avec Karine Thuil et Thomas Reverdy, et avant la survenue tardive, intempestive et superlativement cavalière de Yann Moix, ils ont beaucoup parlé cuisine littéraire, c'était chaleureux (les trois auteurs s'étaient réciproquement lus) et intéressant. Ainsi Boris Razon a-t-il expliqué qu'il avait, au cours de la longue rédaction de son roman/récit, renoncé à l'usage du présent, pour permettre au lecteur, ce lecteur ami qu'il apostrophe, de rester à distance, pour lui éviter à la fois la posture du voyeur et d'être happé par la terrifiante traversée des apparences qui y est contée. S'y ajoutent le recours, par moments, à l'humour. Et la substitution, dans la version finale du texte, d'un imparfait un peu bancal à un présent trop dévorant. Pourquoi justement cet étrange imparfait ? Parce qu'imparfait? Elle était inconfortable, par instants, à la lecture, cette discordance des temps.... Les phrases sont assez sèches, par sections brèves, le plus souvent entre plus ou moins huit et quatorze syllabes.
Et puis il y a, à la toute fin du texte, la mention de ce roman autrefois entrepris et abandonné, Le Cas Z., qui aurait conté une histoire analogue, bien avant l'accident. Ça m'a terriblement intriguée, et j'ai regretté que des fragments de ce texte n'aient pas contribué, pour rompre l'alternance trop systématique des récits hallucinatoires et des comptes-rendus médicaux, à la construction du roman actuel. Pourquoi aussi, simplement, le choix de ce mot de « Palladium », au sens, comment dire ? de stèle ou de mémorial-témoin de son aventure, à quoi ressemble, d'ailleurs, dans sa sobriété, le livre lui-même, bloc bleu-sombre, illuminé d'irrisations lyriques au centre desquelles nous fixe une prunelle. Pourquoi ce mot de « Palladium » qui s'est comme imposé alors même que Razon, d'origine juive et turque sans s'en être semble-t-il soucié outre mesure, avait imaginé par le passé un « Turquish Palladium », titre de roman dont il ignorait jusqu'au sens ? Comme si, sous ce récit romanesque d'un voyage hallucinatoire vécu comme réel par l'auteur persistait un étrange substrat inconscient et comme prémonitoire. Prescience, ou présence au coeur du corps et de la psyché étroitement liés de l'auteur, d'un mal mis en mots et en corps à la fois ? La question de ce que signifie, entre intime et universel, le mot « roman » se pose ici de façon à la fois troublante et saisissante.

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