Exposition Le Romantisme noirLe Cauchemar de Füssli



Le Cauchemar, de Füssli (1781). Tableau de droite.




Voilà une exposition à voir pendant ces vacances de printemps. Elle pourrait être conçue comme une introduction à l'étude du romantisme, dont nous examinerons quelques aspects dans l’œuvre de Balzac. Pour problématiser cette réflexion, je vous propose en méditation ces remarques d’Alain Vaillant, qui a dirigé la rédaction du récent et très suggestif Dictionnaire du Romantisme (CNRS éditions, 2012) :

« Prologue : le romantisme existe-t-il ?

Il est possible de caractériser ce que fut le romantisme allemand, ou français ou italien – voire le romantisme anglais, même si l’appellation, apparue seulement à la fin du XIXe siècle, fut très tardive et pour ainsi dire rétroactive. On admettra aussi sans peine l’existence d’un romantisme scandinave – en harmonie avec l’image à la fois majestueuse et un peu mystérieuse qu’on se fait de l’Europe du Nord – et d’un romantisme russe ou polonais – qu’on relie alors volontiers à la mythique « âme slave ». Mais, à partir de tous ces « romantismes » locaux, dont on pourrait démesurément allonger la liste, peut-on inférer l’existence du romantisme, d’une dynamique culturelle unifiée, homogène, cohérente ? Ou ne s’agit-il que d’un mot qui, parce que la mode en aurait été lancée dans la presse européenne du XIXe siècle, aurait servi à désigner et à recouvrir des réalités très diverses, parfois sans vrai rapport entre elles et beaucoup plus enracinées dans les traditions nationales qu’on a bien voulu le voir ? Et quel point véritablement commun réunit le romantisme en littérature, en peinture, en musique, en philosophie ? En somme, le romantisme serait-il le premier d’une longue série de mirages médiatiques, inventé à l’aube de notre modernité mondialisée et favorisé par l’extraordinaire intensification des échanges culturels, à l’échelle du monde ? » p. XV

Alain Vaillant finit par affirmer que de cette multiplicité on peut tirer une unité (c’est le pari et la démarche de ce dictionnaire, instrument de réflexion essentiel sur cette question d’histoire littéraire) : le romantisme (européen), qui «s’est résolument construit contre le classicisme – français, en l’occurrence », existe bel et bien ! Emboîtant le pas à notre auteur, nous tâcherons de le montrer, même très modestement, dans le cours.

Ci-dessous, liens et textes d’introduction à l’exposition et à la notion de « romantisme noir ».

Texte de présentation du musée d’Orsay :

Dans les années 1930, l'écrivain et historien d'art italien Mario Praz (1896-1982) a mis en valeur pour la première fois le versant noir du romantisme, désignant ainsi un vaste pan de la création artistique qui, à partir des années 1760-1770, exploite la part d'ombre, d'excès et d'irrationnel qui se dissimule derrière l'apparent triomphe des lumières de la Raison.

Cet univers se construit à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre dans les romans gothiques, littérature qui séduit le public par son goût du mystère et du macabre. Les arts plastiques emboîtent rapidement le pas : les univers terribles ou grotesques de nombreux peintres, graveurs et sculpteurs de toute l'Europe rivalisent avec ceux des écrivains : Goya et Géricault nous confrontent aux atrocités absurdes des guerres et naufrages de leur temps, Füssli et Delacroix donnent corps aux spectres, sorcières et démons de Milton, Shakespeare et Goethe, tandis que C.D. Friedrich et Carl Blechen projettent le public dans des paysages énigmatiques et funèbres, à l'image de sa destinée.

A partir des années 1880, constatant la vanité et l'ambiguïté de la notion de progrès, maints artistes reprennent l'héritage du romantisme noir en se tournant vers l'occulte, en ranimant les mythes et en exploitant les découvertes sur le rêve, pour confronter l'homme à ses terreurs et à ses contradictions : la sauvagerie et la perversité cachée en tout être humain, le risque de dégénérescence collective, l'étrangeté angoissante du quotidien révélée par les contes fantastiques de Poe ou de Barbey d'Aurevilly. En pleine seconde révolution industrielle ressurgissent ainsi les hordes de sorcières, squelettes ricanants, démons informes, Satans lubriques, magiciennes fatales… qui traduisent un désenchantement provocant et festif envers le présent.

Lorsqu'au lendemain de la Première guerre mondiale, les surréalistes font de l'inconscient, du rêve et de l'ivresse les fondements de la création artistique, ils parachèvent le triomphe de l'imaginaire sur le principe de réalité, et ainsi, l'esprit même du romantisme noir. Au même moment, le cinéma s'empare de Frankenstein, de Faust et des autres chefs-d'œuvre du romantisme noir qui s'installe définitivement dans l'imaginaire collectif.

Prenant la suite d'une première étape de l'exposition au Städel Museum de Francfort, le musée d'Orsay propose de découvrir les multiples déclinaisons du romantisme noir, de Goya et Füssli jusqu'à Max Ernst et aux films expressionnistes des années 1920, à travers une sélection de 200 œuvres comprenant peinture, arts graphiques, sculpture et œuvres cinématographiques.

Pour une présentation détaillée, il faut se rendre sur le site du musée :

L'Ange du bizarre

A Ecouter sur France-Culture une émission intitulée :

Qu'est-ce que le romantisme noir ? – littérature

Spécialiste du romantisme, Martine Lavaud répond aux questions d’une journaliste de France-Culture sur le concept de « romantisme noir », ses origines, son association au « roman gothique », son évolution dans le temps et sa postérité.

Texte de présentation de France-Culture :




Dans la semi-obscurité des salles d'exposition, aux côtés de monstres pervers et autres hideuses fantasmagories, des corps blafards en souffrance se détachent nettement sur des arrière-plans de feu et d'ombre. D'ombre, surtout. Sabbats de sorcière, ectoplasmes au regard fixe, représentations grimacières de Méphistophélès ou de la Mort, paysages âpres et solitaires… Signées par quelques grands peintres européens, ces œuvres impressionnantes sont actuellement visibles au Musée d'Orsay, à Paris, jusqu'au 9 juin 2013. L'exposition, qui s'intitule "L'Ange du bizarre", propose aux visiteurs d'explorer une période s'étendant de la fin du XVIIIème siècle jusqu'au surréalisme de l'entre-deux-guerres, où est née cette alliance troublante entre romantisme et ténèbres.

L'occasion de mieux définir dans le temps et l'espace ce concept de "romantisme noir" aux contours incertains, mais aussi de savoir comment cette esthétique a abreuvé les autres sphères artistiques, telles la littérature et la musique. Et puisque c'est à la littérature que ce courant noir prit sa source, c'est avec l'agrégée de Lettres et spécialiste de l'histoire du romantisme Martine Lavaud, que nous commencerons notre enquête.

http://www.franceculture.fr/2013-03-15-qu-est-ce-que-le-romantisme-noir-litterature