Affiches du film d'Anthony Mann, El Cid (1961), qui porte à l'écran la légende de Rodrigo Díaz de Vivar, le Cid Campeador (1043-1099).


C'est la tragi-comédie, donc la version de 1637, que nous étudierons. Jouée l'année où Descartes publie en français son Discours de la méthode, cette pièce obtient un succès à la mesure de la polémique littéraire qu'elle entraîne. Nous nous intéresserons donc à la célèbre « Querelle du Cid», ainsi qu'aux problèmes dramaturgiques et idéologiques qu'elle soulève. Tout en réfléchissant sur la tragédie politique et la représentation du héros cornélien, nous lirons, à l'invitation de Marc Fumaroli et d'Aron Kibédi Varga, les tirades des personnages du Cid comme des discours rhétoriques, et nous verrons en quoi cette lecture est aussi juste que stimulante pour l'interprétation. Enfin, nous n'oublierons pas que les vers de Corneille sont parmi les plus beaux de la langue française, qu'ils en constituent la mémoire littéraire, et que le plaisir poétique qu'ils suscitent est aussi, dans la diction, un « plaisir musculaire» lié, selon André Spire, au « plaisir de la répétition (assonances, allitérations, rimes, rappels des sons, retours, leitmotive)». André Spire, Plaisir poétique et plaisir musculaire, éd. José Corti, 1986, p. 239.


HISTOIRE LITTÉRAIRE

Le Cid (1637), de PIERRE CORNEILLE :

Une « œuvre insurrectionnelle » ?

« Le Cid est, en un sens, une œuvre insurrectionnelle. Le Cid célèbre le triomphe de la nature sur une convention sociale ou, si vous voulez, la revanche de l’esprit contre la lettre de la loi. (…). »

Jules Lemaître, Impressions de Théâtre, première série, Librairie H. Lecène et H. Oudin, 1888 (5e édition), p. 9

PROGRAMME DE TRAVAIL

(qui n'est pas à confondre avec le plan du cours)

TRAVAUX : les références renvoient impérativement à l’édition GF établie par Boris Donné (2009). La bibliographie - proposée en cours - est purement indicative : elle sera commentée en classe pour vous montrer l’importance de la recherche et la nécessité de se référer à des sources fiables, en particulier aux travaux des spécialistes du sujet étudié. Vous trouverez des éléments de réponse riches et sûrs dans l’édition du Cid mentionnée ci-dessus. Un programme de travail complet, avec des explications précises, a été donné en classe.

Le cours du vendredi GENRES/NOTIONS complètera le cours d'HISTOIRE LITTÉRAIRE du lundi par son questionnement des caractéristiques du genre théâtral et l'étude de quelques grandes théories qui ont accompagné son histoire. Corpus : un texte inaugural : la première scène du Jeu de l'amour et du hasard, de Marivaux ; un groupement de textes, Le Duo amoureux au théâtre : extraits de Roméo et Juliette, Shakespeare, Le Misanthrope, Molière, On ne badine pas avec l'amour, Musset et La Mouette, Tchechov ; divers textes ( Molière, Le Malade imaginaire, Claudel, L'Échange, Beckett, Sarraute et des auteurs contemporains comme Valère Novarina et Michel Vinaver) ; les textes dramatiques au programme des khôlles.

Il faudra ajouter à ces corpus quelques textes issus de l'anthologie suivante : Littérature : 150 Textes théoriques et critiques, Armand Colin, coll. « Cursus ». Ils se trouvent dans la partie consacrée au théâtre. Des précisions seront données en classe.

En préparation : une dissertation sur la tragédie, à partir d'une citation de l’Esthétique de G. W. F. HEGEL, publiée en 1835. Corpus large : tragédies au programme des khôlles. Corpus restreint : Oedipe-Roi, de Sophocle.

Lire de Jacques Morel, dans L’Histoire de la littérature française, De Montaigne à Corneille, GF Flammarion : a) « Avant-propos » : « Problématique de l’époque baroque », p. 7-9 ; b) « La Révolution théâtrale », deuxième partie, chapitre 4, p. 136-153, 153-161 ; c) «L’évolution des genres et des doctrines entre 1625 et 1660 », p. 164-182. Cette lecture doit éclairer le corpus de textes qui accompagne l'introduction au XVIIe siècle : extraits de Discours de la méthode, Descartes ; Maximes, La Rochefoucauld ; Sermon sur la mort, Bossuet ; Pensées, Pascal ; «Discours à Madame de La Sablière», dans les Fables, La Fontaine.

1. Familiarisez-vous avec votre édition : a) chronologies, présentation de l’œuvre, p. 8-70 ; b) note sur le texte et la versification (regarder de près les règles à respecter pour la lecture et la compréhension du texte), p. 71-78 ; c) dans le « Dossier », retenir les grandes étapes de « La Querelle du Cid », p. 247-353 ; d) examiner le « Lexique » p. 363-379, qui donne accès à la langue du XVIIe siècle.

2. Synthèse. Rédigez une notice biobibliographique de Corneille. Quels sont les points importants de son évolution littéraire que vous retiendriez ?

3. Synthèse. Qu’est-ce qu’une tragi-comédie ? En quoi s’oppose-t-elle à la tragédie classique ? Comment la pièce Le Cid se rattache-t-elle à ce genre ? Aidez-vous du paratexte: Avertissement de 1648 (p. 190-199) ; Examen de 1660 (dans votre édition, p. 199-210), ainsi que les Trois discours sur le poème dramatique, de Corneille, dont l’un porte précisément sur la tragédie. D’une manière générale, comment Corneille considère-t-il les règles au théâtre ? Un ouvrage critique à consulter : La Dramaturgie classique en France (1950), de Jacques Scherer, éditions Nizet.

4. Synthèse. Qu’est-ce qu’un monologue ? Observez celui de Don Diègue (I, 5 / III, 5), de Rodrigue (I, 7), de l’Infante (V, 2). Etudiez leur forme et leur signification. Expliquez plus particulièrement l’importance des monologues lyriques de Rodrigue et de l’Infante.

5. Explication de texte. I, 5 : monologue de Don Diègue.

6. Explication de texte. II, 2, en entier : Rodrigue provoque le comte.

(...)

13. Exposés : a) L’héroïsme dans les deux pièces de Corneille que vous avez lues : Le Cid et Suréna (rapprochements avec d’autres œuvres littéraires possibles).b) L’amour dans les deux pièces de Corneille que vous avez lues : Le Cid et Suréna (rapprochements avec d’autres œuvres littéraires possibles). c) Exposés sur l’art de la maxime dans la pièce de Corneille ; les sources espagnoles de Corneille (Chansons de geste espagnoles : Chanson de Mon Cid - Chanson de Rodrigue - Guillén de Castro, La Jeunesse du Cid); la tragi-comédie et le romanesque dans la pièce ; Corneille et « La Querelle du Cid » // Victor Hugo et « La Bataille d’Hernani »...


LA LÉGENDE DU CID ROMANTISÉE PAR LA BELLE MUSIQUE DE MIKLÓS RÓSZA (1907-1995): EL CID, D'ANTHONY MANN.