Dessin XIXe Jeune homme en habit RenaissanceCollège de Coqueret

Dessin XIXe : Jeune homme en habit Renaissance / Plaque commémorative du célèbre collège de Coqueret, impasse Chartière, dans le quartier de la Sorbonne, à Paris.

(Avec l'autorisation de la Galerie Desarnaud Paris 07)

Littérature de la Renaissance

Les Regrets (1558), de Joachim Du Bellay :

« POÉSIE DU REGRET, REGRET DE LA POÉSIE » ? (Citation de Michel Deguy, Tombeau de Du Bellay, p. 48)

« Et les Muses de moi, comme étranges, s’enfuient. » Du Bellay, Les Regrets, Sonnet 6.

TRAVAUX : les références renvoient à l’édition de Samuel de Sacy, Gallimard, «Poésie », 1967. Attention : le corpus est délimité par les pages 65-216.

Le programme de travail qui suit se contente d’indiquer les grandes lignes du cours et les principales préparations données aux élèves. Des explications précises seront fournies en classe sur les méthodes à adopter pour mener à bien ces préparations.

1. Exercices préalables (cf. bibliographie) : Les Regrets sont l’œuvre la plus célèbre de Joachim Du Bellay. Tout - ou presque -, de ces poèmes pourtant lointains, semble nous rapprocher du poète : le titre, la nostalgie qui émane de certains sonnets, le sentiment d’exil, la déception et la conscience du manque, enfin la recherche de la simplicité dans une poésie de «papiers journaux» ou bien de «commentaires» (cf. sonnet 1). Certes, Les Regrets ont bénéficié rétroactivement de la floraison de beaux sonnets, qui commence avec Les Fleurs du Mal, et nous ne pouvons pas lire les poèmes de Du Bellay comme si Baudelaire, Nerval (1) ou Musset n’avaient pas écrit (on pense aussi aux poètes parnassiens, et notamment à José-Maria de Heredia, dont certains sonnets des Trophées rendent un vibrant hommage aux œuvres de Ronsard et de Du Bellay : dans la section « Le Moyen Age et la Renaissance », lire en particulier « Sur le livre des Amours de Pierre de Ronsard » et « La Belle Viole », pages 121-122 de l’édition « Poésie / Gallimard »). Il faudra néanmoins faire un effort de lecture personnelle pour tenter de cerner au plus près la manière de notre auteur (inséparable de l'imitation des Anciens) et ne pas oublier le versant satirique du recueil, qui répond explicitement au versant élégiaque. Dans ces deux registres, le lecteur s’interrogera aussi sur les allusions aux auteurs classiques – forme et signification - qui caractérisent de nombreux sonnets : Perse, Horace, Ovide, pour ne citer que trois d’entre eux.

a) Il est d’abord indispensable de se renseigner sur notre poète et de le situer, à l’aide d’un manuel scolaire ou du Dictionnaire des Lettres françaises du XVIe siècle, par exemple, dans l’histoire de la poésie, et dans ses rapports avec Ronsard. Il est tout aussi nécessaire de connaître le contexte politique, religieux et social des années 1550, auquel les sonnets font souvent référence.

b) Vous pourrez ensuite lire, crayon en main, la « préface » de Jacques Borel, qui n’est pas responsable de l’édition des Regrets, mais dont certaines réflexions sont suggestives. L’édition de référence est celle de Daniel Aris et Françoise Joukovsky, en deux volumes, aux éditions « Classiques Garnier », si vous souhaitez profiter d’une introduction de spécialistes. Vous vous familiariserez malgré tout avec votre livre, en remarquant qu’il contient d’autres œuvres de Du Bellay, dont la lecture est nécessaire : avant tout la Défense et illustration de la langue française et, pourquoi pas, quelques sonnets des Antiquités de Rome.

c) Exposé sur la Défense et illustration de la langue française : Quelles en sont les grands principes ? A quel genre d’écrit cette œuvre appartient-elle ? Donnez des exemples littéraires du XVIe siècle à nos jours. Défendre et illustrer la langue française, est-ce toujours la préoccupation des écrivains d’aujourd’hui ?

d) Vous ne manquerez pas de consulter les éléments importants du paratexte éditorial : la chronologie (p. 299-301), la notice de S. de Sacy (p. 302-307), les notes qui éclaircissent ou commentent tel mot ou tel passage des poèmes (p. 327-350), le lexique (p. 308-317), ainsi que l’index des destinataires des Regrets (p. 318-326). Tout au long du cours :

e) Afin de mieux comprendre la « poétique » et la « rhétorique » de Du Bellay, vous penserez à feuilleter Les Figures du discours (éd. Champs-Flammarion), de Pierre Fontanier, le Gradus (éd. 10/18), de Bernard Dupriez, ainsi que Traités de poétique et de rhétorique de la Renaissance édités au Livre de poche par Francis Goyet. On consultera également avec profit les deux ouvrages suivants : AQUIEN, Michèle, Dictionnaire de poétique, Le Livre de Poche, 1993, 344 p. (« Les Usuels de Poche » n° 8073) et MOLINIÉ, Georges, Dictionnaire de rhétorique, Le Livre de Poche, 1992, 350 p. (« Les Usuels de Poche » n° 8074). Vous chercherez dans ces dictionnaires la définition des genres et formes poétiques suivants : sonnet, ode, élégie, épître, complainte, ballade, rondeau, chanson, par exemple.

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8. D’autres points pourront être abordés en cours : notamment la «modernité» de Du Bellay, ce que nous avons retenu de sa « poésie élégiaque ». Pourquoi des poètes contemporains comme Michel Deguy trouvent-ils une parenté entre cette poésie et la leur ? On réfléchira également sur le regain d’intérêt pour l’élégie, qui passe par sa redéfinition : L’élégie ou « comment dire hélas » (2) aujourd’hui, avec Elégiades, de Jude Stéfan, Gallimard, 1993 (on peut citer, parmi les contemporains, Emmanuel Hocquard, Elégies, éd. P.O.L., 1990 et plus récemment Olivier Barbarant, Elégies étranglées, éd. Champ Vallon, 2013).

9. Quelques références bibliographiques :

• GENDRE, André, Evolution du sonnet français, P.U.F, 1996, 264 p. («Perspectives littéraires»).

• SAULNIER, V.L., Du Bellay, l'homme, l'œuvre, Boivin, Paris, 1951.

• GRAY, Floyd, La Poétique de Du Bellay, Nizet, 1978.

• BELLANGER, Yvonne, Du Bellay et ses sonnets romains. Étude sur Les Regrets et Les Antiquités de Rome, Paris, Champion, 1994.

• GADOFFRE, Gilbert, Du Bellay et le sacré, Paris, Gallimard, coll. « Les Essais », 1978.

• MAULPOIX, Jean-Michel, Du Lyrisme, José Corti, 2000, 442 p. (« en lisant en écrivant »). Belle synthèse sur la notion problématique de « lyrisme » qui reprend et complète, du même auteur, La Voix d’Orphée, ouvrage publié en 1989.

(1) Dans son œuvre intitulée La Bohême galante (1852), Nerval se livre à une réflexion générale sur Les Poètes du XVIe siècle, où sont notamment commentés quelques grands principes de la Défense et illustration de la langue française. Le XIXe siècle poétique a en effet recherché une source d’inspiration dans la poésie de la Renaissance en générale, et dans la poésie de Ronsard en particulier (voir également : Sainte-Beuve, Tableau historique et critique de la poésie française au XVIe siècle, 1828). Vous lirez ce texte fort intéressant dans les deux éditions suivantes : Gérard de NERVAL, Œuvres, éd. Garnier, coll. « Classiques Garnier », 1986, pages 937-957, et à partir de la page 942, pour l’analyse de la Défense. Et Gérard de NERVAL, Œuvres complètes, éd. Gallimard, coll. «Bibliothèque de la Pléiade», tome III, 1993, pages 244-264, et à partir de la page 249, pour l’analyse de la Défense.

(2) « Etymologie a posteriori » proposée par les Anciens, affirme le Dictionnaire historique de la langue française, p. 671 – qui la définit étymologiquement comme un «chant de deuil» -, donc contestable, et contestée. Elle a néanmoins traversé l’histoire de la littérature jusqu’à aujourd’hui.

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