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lundi, mai 27 2013

Brouillages - Jon Hallur Stefansson

Je préfère Kalman à Hallur, bien qu’ils aient le même traducteur. C’est même tellement incomparable que je regrette d’avoir eu la curiosité d’explorer l’œuvre du second. Il me fallait un polar, histoire de lire en vitesse quand même un peu autre chose que les œuvres requises par le travail en classe. (L’Enfant, de Vallès au demeurant, un de ces romans-compagnons qui m’accompagnent depuis l’enfance, et passionnant à étudier). Aussi ai-je embarqué de ma visite hebdomadaire à la librairie Brouillages, de Jon Hallur Stefansson, le titre étant sans doute ce qu’il y a de plus pertinent dans l’ouvrage. Un polar islandais, traduit par Eric Boury, toutes les garanties de qualité y étaient.

Eh bien je n’ai pas aimé ce roman. Je m’y suis embrouillée dans l’avalanche des prénoms des très nombreux personnages – égarée en outre au début par la proximité littérale entre Björn, l’architecte séducteur, et Björg, sa fille. Le roman alterne, chapitre après chapitre, les points de vue de différents personnages, sans qu’un véritable « inspecteur » - il y en a deux, Valdimur et Haflidi, pas super clairvoyants, c’est là qu’on se rend compte que la figure de l’enquêteur est essentielle pour la cohérence du roman – ne se détache pour relier entre eux les fils. Il y a des invraisemblances manifestes (le pull-over oublié par Sunneva, par Marteinn, par Valdimur, qui constitue quand même un indice particulièrement voyant !). Et puis l’emboîtement des pièces du puzzle a quelque chose de trop systématique. Je n’avais certes pas vu venir du tout le dénouement de l’intrigue – et à ce titre le premier chapitre joue un rôle particulièrement délusoire – mais je ne suis pas sûre non plus d’y avoir entièrement cru. Certains personnages, comme Hildigunnur, la très belle mère de Sunneva et épouse de Gunnar, ou Björg, acquièrent une épaisseur qui ne leur permet pas pourtant d’exister jusqu’à la fin du roman, où ils s’évaporent. Il y a l’improbable « garçon de porcelaine », artiste en meurtres… et toutes sortes de non-dits et de rancœurs – d’ailleurs bien vus - entre des adultes trop libres ou trop coincés et des adolescents égarés. Bilan, une plongée dans des abîmes de la psyché humaine, sous la conduite retorse d’un auteur certes habile, mais non virtuose. Je n’y ai pas, humainement ni intellectuellement, trouvé mon compte.