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mardi, juin 4 2013

Erri De Luca - Les Poissons ne ferment pas les yeux

Il y a une phrase que je ne comprends pas dans Les Poissons ne ferment pas les yeux, le dernier récit d’Erri De Luca - qui est le premier que j’aie lu. Il doit y avoir à peu près tout de lui, à la maison, mais je ne l’ai pas lu. J’ai toujours aimé l’écouter. Son français chantant, ses « r » roulés, sa voix douce. Il était hier chez Kathleen Evin, et le bouquin sur la table du salon.

Voici la phrase : « Après ces plages d’enfance, aucun tropique, l’Océanie m’a attiré. L’île a comblé mon désir de cet ailleurs. »

Je ne comprends ni la syntaxe, ni le sens. L’Océanie est entre les deux tropiques. J’ai l’impression de comprendre que cette île de l’enfance (Procida ? Ischia ?)  l’a détourné d’aller explorer l’Océanie ou quelque île exotique que ce soit. Que cette île de l’enfance a été pour lui plus intense que tous les tropiques. Mais ce n’est pas ce que dit la phrase. Je ne saisis pas le lien grammatical – ni même l’absence – entre ses divers éléments.

C’est un tout petit livre. Une histoire de rencontre entre deux enfants, lui, un garçon au corps trop petit pour son âme, elle, sagace et impérieuse, qui sait tout des animaux.
C’est un tout petit livre, chez Gallimard « Du Monde Entier », dont je n’aime, encore, ni la photo de jaquette, ni la quatrième de couverture, bien trop longue, bien trop précise, pour un si mince ouvrage. Il faudra un jour que j’écrive ma hargne contre les quatrièmes de couverture, qui galvaudent la substance des livres, et, pour le lecteur passionné, les flétrissent.

J’en extrais ces quelques lignes, où il est question d’Océanie, justement. La phrase citée plus haut suit le passage de quelques paragraphes.

« Le soir, je lis un livre acheté par mon père, des histoires d’Anglais dans leurs colonies de l’Océan Indien. Il y a des crimes, mais on n’a pas à découvrir l’assassin. J’ai recopié une phrase : ‘‘ Le remords ne tourmente pas ceux qui s’en sont bien sortis .’’ Aujourd’hui, je sais qu’elle est vraie. Alors, elle fut la secousse qui ébranla mes notions religieuses. Le remords, la confession, étaient les conséquences inévitables du crime. Le livre disait au contraire que ceux qui s’en tirent bien ne gardent aucune séquelle de souffrance. Il existait une variante selon laquelle le crime n’impliquait aucun poids. Ce fut une secousse souterraine. En lisant, on rencontre des phrases sismiques. »

C’est vrai. Pour moi, l’une d’entre elles, j’en ai parlé il y a peu, était « Mange, ou sois mangé ». C’était dans Croc Blanc, je devais avoir six ans. C’est drôle, pourquoi ?