Julia Deck - Viviane Elisabeth Fauville

Prêté par Andrée, merci à elle, et lu quasi d’une traite entre T.G.V. Montauban – Paris (en mode sardines), le métro, (mode compression maximale) et le T.E.R. Paris - Longueau (mode exode entre Paris et Creil). Une bonne heure de lecture, à la fois séduite et perplexe.

     Elle est Viviane, qui a quitté son mari Julien, emportant pour ne pas être celle qui se faisait plaquer leur fille nouvelle-née - élégante quadragénaire en congé du service comm’ des Bétons Biron. Elle est Elisabeth, qui fouine dans les marges de l’enquête autour de la mort du docteur Jacques Sergent, son psychanalyste, poignardé. Elle est Fauville, fauve égaré à travers la ville, comme elle est, encore, épouse Hermant en ses errements, Elisabeth qui erre et ment. Car si Viviane se pose parfois dans tel ou tel café, ou dans son petit trois-pièces de la rue Cail du haut duquel les croisements insensibles des voies ferrées lui tiennent lieu de paysage mental, l’essentiel du roman la suit, Viviane ou Elisabeth, parcourant interminablement les mille et un trajets qu’offrent en surface les rues de Paris et en sous-sol les couloirs du métro. Itinéraires pleins de clins d’œil, de la rue de la clef (22bis) où habite le Dr Sergent, à la rue Louis-Braille ou à celle du Pot-de-fer, encore.....

Il y a Julien, qui a trahi, et, au commissariat, l’inspecteur Philippot (de fer ? ^^), si séduisant, et l’épais commissaire Bertrand. Il y a la rousse Angèle et la Russe Gabrielle aux noms angéliques, messagères ou destinataires de quelles vérités ? Il y a sa mère, fantomatique, et sa fille, étrangement paisible et silencieuse...

Railleuse, goguenarde, sardonique, l’autrice entraîne dans les pas de son personnage un lecteur captivé, perplexe, égaré. Car qui est qui ? dans ce récit où les « personnes » des pronoms varient sans cesse pour renvoyer à la même « personne » : Viviane Elizabeth Fauville, successivement  ou quasi simultanément «vous», «elle », « je », « tu », voire « on » et « nous ». Toute la conjugaison, à l’exception d’un « elles » qui en quelque sorte résumerait cette personnalité labile, multiple, incertaine... Un problème de sujet, en somme.

C’est brillant, érudit, virtuose. Je n’ai pas lâché le roman avant de l’avoir terminé. Mais la fin, tout de même… la fin a quelque chose de sadique… et m’a laissé sur un suspens, inconfortable.

C'est chez Minuit, et c'est un premier roman.

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