L'Histoire Géo au lycée Vinci

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lundi, mai 16 2011

Le reggae et la politique française en Afrique

Je remets ici un précédent billet qui fait référence à la politique de Coopération vue en cours.

Depuis Bob Marley, le reggae est porteur d'un discours politique critique envers toute forme de domination. Aujourd'hui encore, les chanteurs de reggae reprennent cette tradition et les chanteurs francophones s'en prennent particulièrement à la politique française en Afrique à plusieurs niveaux :

Les interventions militaires en Afrique

Cette politique de coopération qui avait lancée par le général de Gaulle passait par une coopération militaire qui a pu prendre parfois les formes d'un soutien aux dirigeants en place. C'est ce thème qui est dénoncé par la star du reggae de Côte d'Ivoire, Alpha Blondy dans la chanson Armée Française. Voilà un extrait des paroles pris sur le site l'histgeo box :

"Armée française allez-vous en !
Allez-vous en de chez nous
Nous ne voulons plus d’indépendance sous haute
Surveillance (2x)
Nous sommes des Etats souverains
Votre présence militaire entame notre souveraineté
Confisque notre intégrité
Bafoue notre dignité
Et ça, ça ne peut plus durer (alors allez-vous en !)
En Côte d’Ivoire,
Nous ne voulons plus de vous
Au Sénégal,
Nous ne voulons plus de vous,
Au Gabon,
Nous ne voulons plus de vous,
En Centrafrique,
Nous ne voulons plus de vous,
A Djibouti,
Nous ne voulons plus de vous
A N’Djamena,
Nous ne voulons plus de vous
Nos Armées Nationales nous suffisent
Vos conseillers militaires nous suffisent."

La Françafrique

Autre star du reggae ivoirien, mais plus jeune qu'Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly a conquis un large public ces dernières années avec des chansons très engagées. Dans la chanson Françafrique, il s'en prend à une politique néo-coloniale qui serait celle de la France. La politique de Coopération aurait pour but selon lui de continuer une économie de prédation qui date de l'époque coloniale. Cette domination économique empêcherait les pays africains de se développer :
«La politique Francafriqua/
c’est du blaguer tuer
Pendant que nous nous battons/
Ils pillent nos richesses/
et se disent surpris de toujours voir l’Afrique en guerre/
Ils ont brûlé le Congo, enflammé l’Angola
Ils cautionnent la dictature/
Tout ça pour nous affamer.
»

(voir le billet sur Tiken Jah Fakoly dans l'histgéobox)


Pompafric

Même thème et un titre assez proche pour le groupe de reggae français Tryo. Avec Pompafric, le groupe dénonce les liens politiques et économiques de dépendance entre les pays africains et la France. Ils insistent plus particulièrement sur des liens qui seraient marqués par la corruption
"Ouh ouh, ouh oué ouh {x5} Mitterrand était mon papa, / j'pars en colo en Angola, / je connais tous les moniteurs, / richissimes archi corrupteurs. / Y'a des armées désœuvrées, qui, / méritent qu'on leur tiennent compagnie. / Nous on fait la guerre en musique, / on fait chanter la République. / France- Afrique l'immaculée,/ intérêt petro meurtriers. Pendant que l'Angola se viole,/ nous on fait l'amour dans l'pétrole. / Guinée, Tongo, Bisso, Biafra, / On est mouillés jusqu'au Rwanda, / on a dopé vos dictateurs. / Vous voyez qu'la France a du cœur !!!"


(Les paroles sont encore prises du site l'histgéobox).

Tous les clips Tryo

vendredi, mai 6 2011

Chronologie : la Cinquième République

Je remets ici une chronologie qui peut être bien utile pour comprendre les évolutions politiques de la Cinquième République.

Cliquer dessus pour l'ouvrir en pdf.

chronologie_1958_2010

mardi, avril 12 2011

La personnalisation du pouvoir : Valéry Giscard d'Estaing

Suite au cours sur la Ve République, je vous renvoie à un précédent billet sur l'utilisation des médias par Valéry Giscard d'Estaing.

Source de l'image :
Photographie libre de droit, disponible sur le site wikimedia : Valéry Giscard d'Estaing en 1978

jeudi, mai 27 2010

Chronologie sur la France de 1958 à nos jours

Pour vous aider dans les révisions sur la France depuis 1958, voici une chronologie récapitulative des principaux événements et des gouvernements. Cliquer dessus pour l'ouvrir en pdf.

chronologie_1958_2010

mardi, mai 25 2010

Les présidents de la Vème par leur portrait officiel

Charles de Gaulle (1958-69)



Description

Interprétation

Cadrage

Cadrage américain

Contre-plongée

Le spectateur est placé dans une position d'infériorité vis-à-vis du président

Habit / Décor

Habit de cérémonie du président de la République.

Photographie prise dans la bibliothèque de l'Elysée.

Le cadre est assez classique et fait référence aux premières photographies de président de la République sous la IIIème République : et en particulier le premier du genre, celui d'Adolphe Thiers (1871-73). Le choix de la bibliothèque permet de construire des lignes verticales qui soulignent l'attitude droite du président

Attitude du président

Debout, la main posée sur un livre.

Le regard est orienté vers l'extérieur, le visage est grave.

Ce portrait donne l'image d'un président, « au-dessus » des citoyens, un peu distant. Il reprend en fait la forme classique des portraits des présidents de la IIIème République.

Portrait d'Adolphe Tiers (1871-1873)

Ces mêmes portraits ont été conçus sur le modèle du portrait officiel de Louis XIV peint par Rigaud

Georges Pompidou (1969-74)




Description

Interprétation

Cadrage

Plan américain

Contre-plongée

Le spectateur est placé dans une position d'infériorité vis-à-vis du président

Habit / Décor

Habit de cérémonie du président de la République.

Photographie prise dans la bibliothèque de l'Elysée.

Ce portrait s'inscrit dans la continuité des portraits officiels. Pompidou se présente comme héritier et successeur de de Gaulle

Attitude du président

Debout, mais le livre a disparu

Le regard est orienté vers l'extérieur.

Valéry Giscard d'Estaing (1974-81)



Description

Interprétation

Cadrage

La disposition de l'image est renversée (format paysage).

Le président apparaît dans un plan rapproché. Il n'y plus de contre-plongée mais on peut noter que la photographie n'est pas tout à fait centrée sur le visage du président

Le président apparaît comme plus proche, il est situé au même niveau que le spectateur. Cela renvoie au désir de Valéry Giscard d'Estaing d'être un président « moderne », proche de ses concitoyens.

Habit / Décor

Le président est photographié devant un drapeau tricolore dont la couleur blanche domine. C'est la première fois que le drapeau apparaît dans un portrait officiel.

Valéry Giscard d'Estaing a délaissé l'habit de cérémonie.

Plutôt que la bibliothèque et l'habit de cérémonie qui paraissent datés, Valéry Giscard d'Estaing veut être un président de son époque. Les lignes verticales des précédents photographies sont remplacées par les obliques du drapeau, comme pour donner du dynamisme à la photographie.

Attitude du président

Le visage est souriant

Ce n'est plus une fonction (président) qui s'affiche mais un homme. On peut rapprocher cela du fait que Valéry Giscard d'Estaing expose également sa vie privée.

La photographie officielle contribue à donner une image plus moderne du président. Valéry Giscard d'Estaing a soigné son image en confiant le travail à un photographe célèbre : Jacques Henri Lartigue.

François Mitterrand (1981-1995)



Description

Interprétation

Cadrage

On retrouve un cadrage plus classique mais on garde un plan rapproché et un cadrage à hauteur du président.

Le président veut désormais se montrer plus proche des citoyens.

Habit / Décor

On retrouve le décor de la bibliothèque de l'Elysée mais Mitterrand ne reprend toutefois pas l'habit de cérémonie.

On y voit un mélange de retour aux modèles anciens et une reprise des nouveautés introduites par Valéry Giscard d'Estaing

Attitude du président

Le visage est souriant. Pour la première fois, le président est assis.

Il tient à la main un livre qu'il donne ainsi en référence aux spectateurs : Les Essais de Montaigne.

Le président, pour la première fois, ne semble pas poser mais être en action : la lecture. C'est une manière pour François Mitterrand de s'afficher comme un grand amateur de livres et de littérature.

Avec cette photographie officielle, François Mitterrand montre qu'il reprend à son compte l'héritage de la Vème République : à la fois les aspects classiques des photographies de de Gaulle et Pompidou mais également modernes de la photographie de Valéry Giscard d'Estaing. Il a choisi une photographe qui s'est rendue célèbre par des portraits de grands écrivains.

Jacques Chirac (1995-2007)







Description

Interprétation

Cadrage

On retrouve un cadrage américain. On peut également noter une légère contre-plongée

La photographie recrée une certaine distance entre le spectateur et le président.

Habit / Décor

C'est la première photographie officielle faite en extérieur : les jardins de l'Elysée.

Le drapeau fait son retour de manière discrète.

Les couleurs de la photographie officielle changent : les teintes sombres de la bibliothèque sont remplacées par des couleurs plus vives (bleu, vert).

Attitude du président

Le président est de nouveau debout, le corps légèrement penché, les mains derrière le dos.

Le visage est souriant.

Cette posture crée une dynamique : c'est un corps de président en mouvement qui est photographié.

Jacques Chirac a également choisi une photographe célèbre : l'image qu'il donne est celle d'une certaine décontraction : attitude corporelle, couleurs vives.

Nicolas Sarkozy (2007-...)



Description

Interprétation

Cadrage

Le cadrage est plus éloigné.

le président apparaît comme plus lointain. la place qu'il occupe dans l'image est réduite.

Habit / Décor

C'est un retour à la bibliothèque de l'Elysée. Mais on a ajouté à ce cadre classique, de grands drapeaux français et européens, côte-à-côte.

L'apparition du drapeau européen dans le portrait officiel du président de la République française marque une évolution : l'avenir de la France est lié à celui de l'Europe.

Attitude du président

Le président est de nouveau debout, de trois quart mais avec le visage tourné vers le spectateur

On retrouve une pose très officielle et rigide qui fait penser aux premiers portraits officiels

Nicolas Sarkozy a fait appel à un photographe des stars de la télé-réalité : Philippe Warrin. C'est sûrement le premier portrait officiel qui a été retouché numériquement, d'où des couleurs de la bibliothèque qui tirent vers le chocolat plus que vers le bois. Cela marque donc une évolution technologique.

Conclusion :

Le portrait officiel du président de la République est un élément important qui contribue à donner une image à la fonction présidentielle. C'est ce portrait que l'on retrouve dans de nombreuses administrations et dans les mairies. On peut distinguer plusieurs évolutions :

  • la disparition de l'image de la fonction officielle pour mettre en avant un homme (disparition de l'habit de cérémonie, plans plus rapprochés, regard du président vers le spectateur)

  • la volonté de chaque président d'offrir une image à la fois personnelle et différente de ses prédécesseurs à partir de Valéry Giscard d'Estaing.

Pour aller plus loin :

Une analyse du portrait officiel de Nicolas Sarkozy mais aussi des autres présidents

Sur le langage de la photographie et du cinéma (en particulier sur le cadrage)

mardi, mai 18 2010

Les chanteurs et la peine de mort

Nous avons évoqué en cours les débats autour de l'abolition de la peine de mort. L'opinion était majoritairement favorable à la peine de mort mort lorsqu'elle a été abolie en 1981. Les chanteurs se sont très tôt emparés de ce sujet de société : la chanson n'hésitait pas, comme le rap aujourd'hui, à parler de politique, c'était le temps de la chanson engagée (des années 1950 aux années 1970).

Georges Brassens : le Gorille

En 1952, c'est avec sa guitare et son art de l'écriture que Georges Brassens tourne en ridicule les juges appliquant la peine de mort. Le juge est confondu avec une femme à cause de sa robe et se trouve violé par un gorille.


Le Gorille est un des premiers succès qui fait connaître Georges Brassens dans les cabarets parisiens. Brassens expliquerait ainsi sa chanson :

''"En réalité, je me suis engagé. Seulement, les mauvais esprits ou ceux qui sont dépourvus d’esprit ne s’en sont pas aperçus. Pour que les gens un peu imbéciles s’imaginent que vous êtes engagé, il faut que vous énonciez des faits, il faut que vous leur disiez, voilà : "je suis contre la peine de mort". Moi, je n’ai pas dit "je suis contre la peine de mort", j’ai écrit Le gorille."'

Léo Ferré : Ni Dieu, ni Maître

Autre confusion fréquente, la chanson Ni Dieu, ni maître a souvent été interprétée comme une chanson anarchiste car elle reprenait en titre, le mot d'ordre anarchiste de Bakounine. En réalité, il s'agit d'une chanson contre la peine de mort, comme le prouvent ces quelques mots : "cette procédure qui guette / Ceux que la société rejette". Pas d'ironie, de la révolte comme souvent chez Ferré, portée par une voix qui clame plus qu'elle ne chante, soutenue par un piano seul.


La chanson a été écrite en 1964, mais elle connaît un nouveau succès après 1968 lorsque la jeunesse (re)découvre les chansons anarchistes de Léo Ferré dans lesquelles elle se reconnaît. Léo Ferré ira chanter cette chanson dans de nombreux concerts organisés contre la peine de mort aux côtés de Georges Brassens.

Michel Sardou : Je suis pour

Autre vision, celle de Michel Sardou. Dans les années 1970, les débats sur la peine de mort sont plus intenses : chaque nouvelle condamnation est l'objet d'une polémique sur la peine de mort. En 1976, l'avocat Robert Badinter (il devient Ministre de la Justice en 1981 et c'est lui qui mène le combat pour l'abolition de la peine de mort) parvient à éviter la peine de mort à Patrick Henry qui avait assassiné un enfant de 8 ans.

C'est dans ce contexte que Michel Sardou écrit une chanson réclamant une justice des plus dures : Je suis pour. Les propos sont très violents et ne font pas dans la dentelle : "Les philosophes, les imbéciles / Parc'que ton père était débile / Te pardonneront mais pas moi. / J'aurai ta tête en haut d'un mât."


Ce qui est étonnant à l'écoute de la musique, c'est que le rythme assez groove apparaît en contradiction avec la violence des propos.

Julien Clerc : l'Assassin assassiné

En réponse à la chanson de Sardou et aux exécutions qui continuent sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, l'auteur de chanson Jean-Loup Dabadie écrit la chanson Assassin assassiné qu'il présente à Julien Clerc. De nouveau, on retrouve le ton de la révolte et des arrangements sobres, avec un piano seul.


Les propos comme les registres sont donc très variés dans ces prises de position sur la peine de mort. La plupart des chanteurs, pour un sujet grave comme celui-là, préfèrent des arrangements sobres qui laissent la place à l'émotion (Ferré, Clerc). Ce thème de la peine de mort décline ensuite dans les chansons après l'abolition de la peine de mort.

mercredi, mai 12 2010

Valéry Giscard d'Estaing : une nouvelle façon d'utiliser les médias

Nous avons vu en cours que Valéry Giscard d'Estaing était critiqué parce qu'il faisait de la "politique-spectacle" dans laquelle la personne et la forme importent plus que les idées. En effet, Valéry Giscard d'Estaing utilise les médias pour apparaître comme un président jeune, moderne et proche des Français.

Être proche des Français

Il se rend ainsi dans quelques familles françaises pour dîner avec elles et discuter de leur quotidien. Les médias font la publicité de ces "dîners chez les Français".

retrouver ce média sur www.ina.fr

Cette idée de "télé-politique-réalité" avant l'heure a récemment été reprise par l'entreprise Dailymotion. Le socialiste Vincent Peillon a été le premier à se rendre ainsi à une invitation de Français

Un président qui se montre dans sa vie privée

Déjà pendant la campagne, il met en avant une figure d'un homme relativement jeune, sportif, s'affichant avec sa famille et ses enfants à la plage. Il veut mettre en avant une "conception plus libre" de la vie politique française

En 1973, il fait une émission de télévision présentée par Danièle Gilbert dans laquelle, il joue de l'accordéon, instrument par excellence, du Français de milieu populaire :


Une fois élu, il continue de mettre en avant sa famille. II va par exemple présenter ses vœux aux Français en 1975 sans le bureau de l'Elysée, mais au coin du feu avec son épouse. La vidéo commence avant la transmission et on voit le président faire attention à l'image qu'il donne en replaçant par exemple un cadre photo.